La volonté de la jeune fille grandit, jusqu'au sommet de l'exaltation. Devant une énergie qui déborde à flots si pressants, le désespoir de Germaine croule. Une lumière plus joyeuse a ranimé les bons yeux noirs que la douleur alanguissait. Le visage s'est raffermi: le sang inonde les joues replètes et les lèvres un peu charnues. Fixés distraitement, les cheveux courent à l'aventure en bandeaux ondulés que termine, en les roulant à la nuque, une torsade épinglée vaille que vaille. Le labeur sans trêve a quelque peu virilisé des traits plus minces aux jours lointains de la coquetterie. Certes, ils durent aimanter l'amour, ces yeux où tant de douceur frissonne encore.

Sous l'élan de courage que Lucile rallume, la taille de la mère se redresse, paraît élevée. Trop de largeur la difforme, mais elle est admirable de vigueur, campée dans toutes sa robustesse. De Germaine ainsi vêtue de percaline grisâtre il rayonne une fierté grande, parce qu'elle s'ignore.

—Ah! que tu m'as fait du bien, ma petite fille! Tu seras une vraie
Picard, toi! s'écrie-t-elle, vaillante.

—Tu es fatiguée, tes nerfs sont plus calmes. Va te coucher… je veillerai père…

—Tu as raison, nous allons le sauver, le pauvre vieux!

—Ne viens pas avec moi, je te le défends!

—Je veux le voir! S'il avait déjà pris du mieux?

—Tu as du courage, maman?

—Celui que tu m'as donné, Lucile…

Le corridor où elles sont, n'est pas large, si peu que l'une marche devant l'autre. Un prélart fleuri de maigres dessins, rogné ça et là par l'usure, geint sous la cadence étouffée de leurs pas. Très humble est la tapisserie vieillie sur la cloison: des roses qui pâlissent dans une couronne de verdure fanée!…