[164] Rapport de police du 22 ventôse an II (12 mars 1794) ; Archives nationales, série W, carton 112.
Mais qu'elles se rassurent, les nymphes pourchassées! La Gironde luttant contre la Montagne, la débâcle des Dantonistes abattus à l'aurore du radieux germinal, la crapule thermidorienne serrant à la gorge les jacobins, tout cela les laissera au second plan, à leurs galeries, à leur commerce, à leurs petites affaires. Quand la Commune aura des loisirs, — et la guillotine ne lui en laisse guère en 93 et 94! — alors seulement on songera à elles. En attendant, qu'elles raccrochent, puisque c'est leur métier, et qu'elles le font avec une si chaleureuse et méritoire ardeur.
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Qui songe au plaisir ne pense guère à la politique. C'est pourquoi les royalistes ont fait un mauvais calcul en plaçant, sous le patronage des filles publiques du Palais-Egalité, un si grand nombre de leurs libelles contre-révolutionnaires. Il ne s'agit point de plaisanter, il importe de prouver. Cette littérature politico-érotique ne prouve rien, sinon l'inconscience d'un parti. Qu'on descende à tels écrits pour défendre une cause, voilà qui ne prouve guère en sa faveur. Mais de tout cela, les prostituées des Galeries de Bois étaient certes bien innocentes, et la Requête des demoiselles du Palais-Royal aux Etats-Généraux[165], par exemple, que démontre-t-elle? sinon que voilà beaucoup d'esprit perdu pour peu de chose.
[165] Paris, 1789, in-8o, 8 pp.
Galleries ou Arcades.
Comme pour les almanachs érotiques, nous ne pouvons guère songer ici à énumérer toutes ces brochures qui durèrent ce que dure un éclat de rire, mais quelques-unes se rattachent si étroitement à notre sujet que nous estimons curieux de les citer, en respectant toujours scrupuleusement ce que leurs titres peuvent avoir de gaillard ou d'outrancier. A cette requête, déjà citée, des Demoiselles du Palais-Royal aux Etats-Généraux, répondit une brochure écrite dans le même esprit : Réponse des Etats-Généraux aux demoiselles du Palais-Royal, par Hercule, secrétaire des Etats-Généraux qui se tiennent sur le boulevard[166]. Une troisième brochure vint clore ce débat où la prostitution ne servait que de prétexte à de moins polissonnes arguties : Ressource qui reste aux demoiselles du Palais-Royal, en suite de la réponse des Etats-Généraux à leur requête[167]. C'est bientôt à l'Assemblée nationale, que s'adresseront les brocards et les épigrammes du goût que les titres des brochures seuls font présumer. Voici la Réclamation des courtisanes parisiennes, adressée à l'Assemblée nationale concernant l'abolition des titres déshonorants, tels que garces, putains, toupies, maquerelles, etc., etc., etc.[168] dont la question de l'abolition des titres féodaux sert de prétexte ; la Requête des filles de Paris à l'Assemblée nationale[169], par M. Baret, et dont le succès exige deux éditions ; la Pétition des 2 100 filles du Palais-Royal, à l'Assemblée nationale[170], qui espère donner le change en s'augmentant de noms et d'adresses fantaisistes. Cette politique d'un genre spécial montera — du moins elle le tentera — jusqu'à la Convention avec la cynique Pétition des citoyennes du Palais de l'Egalité ci-devant Palais-Royal à la Convention nationale[171], et le nombre de ces brochures pourra, avec succès, rivaliser avec celui des listes d'adresses et de noms de la galanterie. Ce sera une fantaisiste Ordonnance de police concernant les putains de Paris et principalement celles du Palais-Egalité[172], anonyme naturellement ; les Déclarations des droits des citoyennes du Palais-Royal[173], auxquelles riposteront la dénonciation de la Grande et horrible conspiration des demoiselles du Palais-Royal contre les droits de l'homme[174], par Madelon Friquet, aimable pseudonyme qui cachera, peut-être, quelque rédacteur des Actes des Apôtres. Encore, le Catéchisme des filles du Palais-Royal et autres quartiers de Paris à l'usage de tous les citoyens et citoyennes actives, avec les détails des services politiques et secrets qu'elles ont rendu à la Révolution[175], ou le mordant Nous devenons capricieux comme les filles entretenues[176]. Et puisqu'il faut convenir que la politique fait du tort aux filles, on nous donnera, — et le titre sera la morale de cette politique à la banqueroute, — C'est foutu, l'commerce ne va pas[177].
[166] Paris, 1789, in-8o, 7 pp.
[167] Paris, imprimerie de Grangé, in-8o, 8 pp.