Quatrième tableau.

De plus fort en plus fort comme chez Nicolet.

C’est une dame, cette fois, qui écrit, et ses renseignements n’en sont que plus précieux. Elle déclare qu’étant depuis huit années dans l’enseignement elle est par conséquent en position de parler avec autorité.

La fessée, selon elle, est indispensable pour maintenir la discipline. Les élèves se rient des pensums, et les retenues, outre qu’elles sont nuisibles à la santé en privant les enfants d’exercice et du grand air, deviennent une vraie farce dont les malheureuses sous-maîtresses sont les premières victimes. Mais laissons la parole à cette dame :

« Au pensionnat que pendant plusieurs années je dirigeais en second, nous n’infligions la peine du fouet que pour de sérieuses offenses : conversations indécentes dans les dortoirs, lecture de livres prohibés (faute très commune), surprise de billets doux ou de conversation secrète avec des jeunes gens ou de petits garçons, mensonges incessants ou paresse invétérée. Le châtiment était infligé soit par la directrice, soit par une sous-maîtresse en sa présence, et un jour après la faute pour donner le temps de la réflexion.

« Le lendemain matin donc, la prière faite, la coupable était mandée dans le cabinet de la directrice qui lui ordonnait de se dépouiller de tous ses vêtements sauf la chemise. Une servante se trouvait là pour prêter main-forte. La dite servante la plaçait alors sur un canapé dans la posture obligatoire pour recevoir sur sa personne nue (on the bare person) six à dix-huit coups de baguette.

« La directrice frappait de telle sorte que souvent la jeune fille demandait grâce au premier ou au second coup ; mais je vis une fois une fillette de quatorze ans en recevoir douze vigoureux sans faire entendre la moindre plainte, tandis qu’une forte et solide gaillarde de dix-huit ans poussa des gémissements au premier. Elle cria et hurla pendant toute la durée du supplice, mais comme elle était punie pour un acte d’immoralité, elle dut le subir jusqu’au bout. Dix-huit coups lui rayèrent le bas des reins.

« La punition de ces deux pensionnaires eut lieu en même temps dans le cabinet de la directrice, mais la plus jeune étant passée la première sous la verge s’amusa fort, tandis qu’elle remettait ses vêtements, des cris et des contorsions de son aînée exécutée en sa présence. C’est même à partir de ce jour qu’on décida que les demoiselles ne seraient plus fouettées les unes devant les autres, car on s’était déjà aperçu que beaucoup d’entre elles se seraient volontiers soumises à une fessée, à condition de voir fouetter leurs camarades. « Ces jeunes personnes sont parfois si étranges ! » s’exclame la vieille dame.

Elle continue en déclarant que l’âge où le fouet agit le plus efficacement sur les filles varie entre 15 et 18 ans. « C’est l’époque, dit-elle, où les passions fermentent, prennent de la force, et il faut user d’un traitement radical. Pour les plus jeunes, quelques coups de baguette bien appliqués sur le gras des jambes ou des bras produit d’ordinaire l’effet désiré. Naturellement il n’est pas possible d’établir une règle quant au nombre de coups. Tout dépend des tempéraments et des caractères. Deux filles recevant le fouet ne se conduisent pas toutes deux de même façon sous la douleur ; les unes ont la chair plus sensible que les autres, mais en général, un coup par année est ce qu’il y a de plus équitable et de plus logique. Ainsi douze coups pour une fillette de douze ans. Une de trois lustres en recevra quinze, et ainsi de suite. »

A cette théorie si simplement exposée, je n’ajouterai pas un mot, jugeant tout commentaire superflu.