Tableaux et descriptions y sont tracés avec naïveté et franchise, mais aussi avec une précision telle que, si j’en traduisais littéralement les passages, je ne manquerais pas d’être poursuivi par notre très vertueuse magistrature, pour outrages aux bonnes mœurs.
Nous n’avons pas pris à nos voisins que les railways, les tramways, le jockey club, le five o’clock tea, et le turf, certains leur ont emprunté leur hypocrisie et comme tous les imitateurs, ont exagéré.
Je vais donc citer quelques-unes de ces lettres ou du moins en donner les passages les plus saillants.
La première est d’un gentleman nommé G. Ferguson :
« Quant à l’abominable pratique de fouetter les jeunes filles dans les écoles, écrit-il, je veux vous relater ce qui vient d’arriver dans une pension du nord de Londres à une jeune personne dont je suis le tuteur. Elle a dix-huit ans et y fut envoyée pour terminer sa dernière année d’éducation. Un soir, une des plus jeunes du pensionnat, fillette de douze ans, ayant été fort désobéissante, la maîtresse ordonna à ma pupille de fouetter en sa présence la petite dont elle retroussa aussitôt elle-même les jupons. L’autre naturellement, stupéfiée de cet ordre, refusa nettement de l’exécuter. Alors, la maîtresse, après avoir fessé très sévèrement la fillette, conduisit ma pupille dans la classe où sept ou huit autres de ses compagnes travaillaient, leur disant qu’elle allait faire un exemple. Elle ordonna à la jeune fille d’ôter sa robe et son pantalon, la menaçant, si elle n’obéissait pas, d’envoyer chercher le maître d’allemand pour la déshabiller. Affolée, elle céda et fut contrainte de se tenir devant ses camarades dans la plus humiliante et la plus indécente des attitudes, la moitié de ses effets enlevée et l’autre moitié retroussée jusque sur ses épaules, tandis que la maîtresse la frappait avec une verge de bouleau jusqu’à ce que le sang ruisselât sur les cuisses. Alors seulement elle s’arrêta et l’envoya au lit. »
La lettre suivante est signée G. Palmer :
« Pendant mon séjour à la campagne, je mis ma fille dans une école qui passe cependant pour l’une des meilleures de Bayswater. Je dus bientôt l’en retirer, et voici dans quelles circonstances. Les élèves ont de onze à dix-huit ans, ma fille en a quinze, et c’est la coutume de la maîtresse où sous-maîtresse de service, quand les leçons ne sont pas bien apprises ou même pour des causes encore plus futiles, de fouetter la coupable au milieu de la classe, jupes troussées et pantalon bas, avec une canne et souvent une forte lanière de cuir. Mais ceci n’est rien. Ma fille est arriérée en arithmétique ; aussi la maîtresse l’a placée dans une classe inférieure avec six ou sept jeunes garçons, élèves externes. Un jour ma fille et un petit garçon d’environ dix ans ne firent pas convenablement leur devoir ; aussitôt après la leçon la sous-maîtresse les conduisit à la directrice qui ordonna la peine du fouet ; elle les mena dans sa chambre et malgré les pleurs de ma pauvre fillette qui suppliait qu’on ne la fouettât pas devant le petit garçon, et d’égales supplications de celui-ci pour ne pas l’être devant une fille, ces deux femmes, après avoir déculotté le garçon, relevé sa chemise, puis mis presque à nu ma pauvre enfant qui se défendait de toutes ses forces, les couchèrent tous deux sur un sopha et les fouettèrent avec une canne, de la plus cruelle façon. »
Troisième tableau.
Il est signé Pater familias. L’auteur a craint sans doute de se compromettre, car il peut passer pour le bouquet. « Fouetter, dit-il, n’est pas une mauvaise chose, si la punition est infligée en secret. Je ne suis pas pudibond et ne fais pas de sensiblerie et je n’interviendrai jamais pour ma part, si une mère de famille ou une maîtresse de pension juge nécessaire d’infliger in strict privacy à une fille ou une élève réfractaire, eût-elle dix-huit ans, la bonne vieille fessée de nos aïeux (old fashionned whipping). Nous savons que ces demoiselles sont souvent turbulentes, désobéissantes, mauvaises têtes. Le châtiment en question est salutaire, efficace, et ne me paraît pas le moins du monde indécent, appliqué avec discrétion. Ce n’est pas plus inconvenant qu’une fille soit fouettée en privé par une femme qu’un garçon par un homme ; peut-être moins. Mais fouetter de grandes filles devant leurs compagnes est, je le déclare, hautement inconvenant (grossly improper). Les fouetter devant des hommes est absolument horrible. C’est une pratique que la législation ne devrait pas tolérer plus longtemps. Et j’ai le regret de l’avouer, la chose existe, et plus j’ai pris des informations près de mes amis, plus je l’ai trouvée commune. Dans une école religieuse de premier ordre (high class and religions school), j’ai appris de la bouche même d’un ami intime que sa fille, une jeune et belle personne de dix-neuf ans et à la veille de se marier, fut fouettée avec une branche de bouleau devant toute l’école, en présence du vicaire de la paroisse. »
Je pensais qu’après ceci on pouvait tirer l’échelle, mais à mesure que l’on s’avance dans ces mystérieux recoins, le panorama se déroule pittoresque et varié.