— Oh ! répondit-elle en rougissant un peu, c’est une petite fessée (little whipping) qu’on a infligée à cette mauvaise tête de miss O’Brien.
Miss O’Brien était précisément une des plus grandes élèves, superbe Irlandaise de dix-sept ans mais qui en paraissait vingt, tant la nature avait pour elle été prodigue.
— Vous ne voulez pas dire, répliqua La Cecilia stupéfait, qu’on a donné le fouet à cette grande fille ?
— Parfaitement, « le fouet », comme vous l’appelez ; c’est l’usage de la maison.
La Cecilia n’osa entrer dans de plus amples détails, et lorsqu’il me raconta la chose, elle me parut si monstrueuse que je fis comme les anciens clients des bars de Charlotte Street, je refusai d’y ajouter foi.
Ce ne fut que bien plus tard, alors que l’héroïque défenseur de Châteaudun, souffrant du mal qui devait le tuer à Alexandrie, m’ayant prié de le remplacer provisoirement dans son cours, je me trouvai à même de reconnaître la véracité du fait.
Il ne faudrait pas croire qu’il s’agit ici d’un épisode isolé, cas particulier à une école dirigée par une vieille fille hystérique qui passe ses rages de chair séchée et les colères de ses attentes déçues en meurtrissant des chairs fraîches ; il est, sinon général, au moins très commun, ainsi que le prouveront surabondamment les pages qui vont suivre.
A plusieurs reprises déjà se sont élevées des protestations indignées de pères et de mères ; mais, comme la pruderie anglaise ne permet pas que l’on touche à des questions de certaine nature, il est improper et skocking d’en parler, et sous prétexte de ne pas effaroucher les pudeurs extrêmement susceptibles des lecteurs et des lectrices, la presse entière s’accorde à mettre systématiquement la lumière sous le boisseau.
Un journal hebdomadaire, le Town Talk, a cependant attaché le grelot, entreprenant une campagne contre ces fessées scolastiques, non pas qu’il les trouve mauvaises en elles-mêmes, — « la fessée a du bon, nos aïeules étaient fouettées et ne s’en portaient pas plus mal : pourquoi nos filles ne le seraient-elles pas ? Et il est certainement plus d’une de ces grandes turbulentes, effrontées, impertinentes et paresseuses qui méritent la schlague autant et plus que les garçons », — mais il ne veut pas qu’on la donne en public.
Sous le titre indecent whipping, il publie chaque semaine une ou plusieurs lettres donnant de très intéressants détails sur ce sujet délicat et glissant et, comme disent les Anglais, très objectionnable, mais qui apportent d’étonnantes éclaircies dans ce recoin, resté jusqu’ici pudiquement voilé aux étrangers, des dessous de la pudeur britannique.