Prôner le fouet comme moyen d’augmenter le courage et la résistance à la douleur, ne pouvait entrer que dans les cervelles britanniques !

Et maintenant laissez-moi vous décrire une fessée exécutée selon les minutieuses règles de l’art.

Je fais bien observer aux lecteurs que c’est une maîtresse de pension qui parle, que je traduis textuellement la lettre comme j’ai traduit les précédentes, et que je renvoie ceux qui me taxeraient d’exagération au numéro 156 du Town Talk.

« Je dirigeais avec succès depuis dix ans une grande école de demoiselles lorsqu’un jour, une vieille amie à moi, une veuve, me demanda la faveur de prendre sa fille qui, en l’espace de dix-huit mois, avait été chassée de trois pensionnats à cause d’un caractère si indomptable que personne ne pouvait en venir à bout.

» J’avoue que ce fut avec répugnance et hésitation que je consentis à m’en charger. Avant de me quitter, mon amie me prévint que sa fille avait été fouettée très sévèrement dans son dernier pensionnat, mais que cela semblait l’avoir plutôt endurcie que corrigée ; néanmoins elle me laissait toute latitude d’agir à ma guise.

» Quelques jours après, m’arrive une forte et vigoureuse luronne de quinze à seize ans, très jolie et très développée. C’était miss Arabella. Dès le premier jour, sa conduite fut abominable (unruly and disgraceful).

» Après l’avoir réprimandée sérieusement et vainement à plusieurs reprises, je lui ordonnai de me suivre dans mon cabinet et, la jetant en travers sur mes genoux, je la troussai et la fouettai vigoureusement avec ma pantoufle. Elle ne fit que rire.

» Sa conduite ne changeant en rien, et, voyant qu’il fallait en arriver aux grands moyens, je la pris dans ma chambre à coucher, lui ordonnai de se dévêtir, de s’allonger sur mon lit et alors je lui donnai de toutes mes forces sur le bas des reins dix coups de la verge dont je me servais pour les petites filles.

» Ce châtiment lui cuisit fort, mais elle emporta sa cinglade en me riant au nez. Je sus peu de temps après par une des sous-maîtresses qu’elle en avait fait des gorges chaudes avec ses camarades en leur détaillant les péripéties.

» Sa conduite devint bientôt si insupportable, que je la prévins, après avoir encore essayé la douceur et l’avoir gentiment réprimandée, que si elle continuait, je me verrais forcée de la fouetter publiquement devant la pension réunie. Décidée à me braver, miss Arabella fut, dès le lendemain, plus indisciplinée que jamais, à tel point qu’à la fin de la classe elle jeta son livre à la tête de la maîtresse de français. C’était trop. J’allai au jardin, je choisis de fortes branches de bois vert dont je façonnai une verge. Je pris ensuite une de mes robes et la fendit de chaque côté, par derrière, depuis la taille jusqu’au bas.