» Puis aidée par mon mari, je fis les préparatifs suivants : un grand et solide pupitre dont je me servais pour mes leçons fut placé au bout de la classe avec une chaise haute à côté. Sur le pupitre et sur la chaise je fixai un coussin.

» Aussitôt que les élèves et les sous-maîtresses, à l’exception de l’institutrice française qu’Arabella avait insultée, furent entrées, j’envoyai chercher Jane, ma femme de charge, solide matrone de trente-cinq ans, puis ayant fait avancer Arabella, je lus à haute voix le détail des méfaits dont elle s’était rendue coupable, et déclarai que, avec l’approbation de toutes les sous-maîtresses présentes — ici, elles se levèrent et saluèrent — j’étais déterminée à fouetter la coupable devant toute l’école.

» Deux sous-maîtresses prirent alors miss Arabella, la conduisirent dans la pièce voisine, lui ôtèrent ses vêtements, moins un, retroussèrent ce dernier au-dessus de la taille, l’y fixèrent par un cordon, la vêtirent de ma robe, et ainsi accoutrée, l’introduisirent.

» Je lui ordonnai de s’agenouiller sur la chaise et de se courber sur le pupitre, où je l’attachai par les bras et le haut du corps avec de fortes courroies ; j’attachai également ses jambes à la chaise. Et lorsque la jeune personne fut ainsi placée, faisant face par le dos aux élèves, les sous-maîtresses allèrent lentement se mettre à la tête de leurs classes, me laissant avec ma femme de charge près d’Arabella.

» Je me levai alors et dis : « J’ai décidé que miss Arabella recevrait quinze coups de verge, et comme je ne veux qu’aucun sentiment de colère entre dans ce châtiment, Jane frappera sous ma direction. »

» Évidemment Arabella n’était pas à son aise, cependant elle eut l’audace de rire et de faire des grimaces à ses camarade en tournant un peu la tête et disant des impertinences que je feignis ne pas entendre.

» Jane se plaça à gauche, retroussa ses manches, prit la verge de bois vert, tandis qu’à droite, je relevais jusqu’aux épaules le morceau de robe dont j’avais décousu les lés, et l’exécution commença. La coupable cria, pleura, demanda grâce ; je fus inflexible. Elle reçut ses quinze coups. Puis aidée par Jane et les sous-maîtresses, je rajustai sa robe, la détachai, et tandis qu’elle sanglotait convulsivement, je la conduisis dans une chambre où je lui fis donner un verre de vin de Porto, et où pendant deux jours sur ses supplications, je lui permis de rester et d’avoir ses repas. Le troisième jour, elle reprit sa place dans la classe.

»  — Qui de vos lecteurs peut appeler cela une indécente fessée ? ajoute naïvement l’excellente dame. Peut-être objectera-t-on que la correction a été trop sévère, mais il faut se rappeler que de plus douces mesures n’ont pas eu d’effet et surtout qu’à partir de ce jour jusqu’aux vacances — l’espace de trois mois — cette demoiselle si intraitable n’a plus donné lieu à une seule plainte ! »

La fin justifie les moyens.

V
DOCUMENTS HUMAINS