» Que de fois la vue des suites du mal fait naître les bonnes actions ! »
Cette étude sur l’objectionnable des jeunes Anglaises est plus longue que je ne pensais la faire, et je croyais avoir complètement épuisé le sujet dans mes précédents chapitres. Grave erreur, je n’en étais qu’aux préliminaires, car ce que j’ai écrit ne pourrait guère servir que d’avant-propos et d’introduction à ce que j’aurais encore à dire si je voulais tout raconter.
Si j’ai ajouté un nouveau chapitre, c’est que force lettres sont venues me relancer dans ma solitude du Kent pour m’engager à poursuivre, mais j’ai dit dans un précédent chapitre le motif qui m’empêchait non seulement de donner des détails, mais de simplement traduire ce qui ouvertement se publie dans la pudique Albion.
Il n’y a pas un crime, dit encore Aurélien Scholl, dont l’exemple ne soit donné d’en haut. » J’ajoute : ni une folie, ni une sottise, ni une excentricité, ni un vice, ni une aberration.
Je parlais d’honnêtes et hautes dames qui éprouvent un singulier plaisir à fouetter les petites pauvresses, les grooms et les filles de chambre, et voici que je trouve dans l’Histoire de la Verge (History of the Rod), par un clergyman de l’Église anglicane, le révérend W. M. Cooper, à la page 257 — vous voyez que je ne cite pas de mémoire et que je mets les points sur les i — que l’impératrice de Russie, celle que l’histoire a appelée la grande Catherine, raffolait de ce petit divertissement : « Elle ne dédaignait pas de se servir personnellement de la verge et, par le fait, la cinglade (whipping) était pour elle un passe-temps ou plutôt une passion. Elle fouettait ses filles de chambre, ses habilleuses, ses cuisinières, ses pages, ses valets de pied, lorsqu’elle était ennuyée et trouvait à cet exercice un grand confort et une amusante distraction ; les filles étaient hissées sur le dos des laquais, et les laquais à leur tour sur le dos des filles… » etc., etc. Glissons et n’insistons pas, car j’ai hâte d’arriver à mes lettres édifiantes, non celles que j’ai reçues, mais celles encore cueillies çà et là dans le Town Talk et que je livre expurgées comme les vieux livres à l’usage du dauphin, afin de compléter l’édification du lecteur sur l’éducation donnée aux demoiselles du Royaume-Uni.
La première, celle d’un autre gentleman qui signe gravement a married man of forty (un homme marié de quarante ans) sans doute pour se donner un plus haut caractère de sérieux et de respectabilité, trop longue et contenant des passages trop objectionnables pour être entièrement traduite, se termine ainsi :
« Je n’hésite pas à déclarer que la fessée est nécessaire à la fois pour les garçons et les filles, mais au-dessus de 9 ou 10 ans elle doit être infligée par une personne du même sexe, autant que faire se peut. Je ne vois cependant nulle indécence à ce qu’une femme de trente-cinq ans fouette un garçon de douze ou treize ans ni à ce qu’un père fouette ses filles, quand il en voit la nécessité, à moins toutefois qu’elles n’aient pas plus de seize à dix-sept ans. J’ai moi-même fouetté plusieurs fois les miennes, et ai obtenu de bons résultats.
» Mais de même que je crois à la nécessité et à la bienséance (propriety) du fouet avec la main, je dois emphatiquement déclarer que, excepté pour les garçons au-dessus de douze ou treize ans, la verge de bouleau est beaucoup trop cruelle et que son application sur les filles est, à mon opinion, brutale. La fessée manuelle sur la partie nue de la coupable, est assez sévère, et j’en ai de nombreuses preuves par ma femme, propriétaire d’une école de demoiselles. » Suit la description détaillée de plusieurs de ces châtiments que je n’oserais donner ; puis le bonhomme continue avec flegme :
» Plus d’une forte fille de dix-sept ou dix-huit ans pousse de véritables hurlements en recevant cette punition, qui a l’avantage de ne laisser d’autres marques que des rougeurs passagères sur la peau blanche. »
L’homme marié de quarante ans a la bonté d’informer ses lecteurs que naturellement il n’a jamais été témoin de ces exécutions, et cependant, continue-t-il, je fus une fois, et une fois seulement, appelé pour fouetter une des élèves de ma femme, et comme cette jeune personne avait commis une faute d’indécence, je ne pense pas être à blâmer. Je la conduisis dans ma chambre, et avec l’aide d’une file de service, m’étant assuré de sa personne, je levai ses vêtements, mis à nu la partie inférieure de son dos, et lui donnai le fouet de ma propre main.