» Aucune des autres élèves ne l’a jamais su, c’eût été une humiliation inutile et, quelque temps après, la mère de la jeune demoiselle vint m’adresser pour ce fait des remerciements chaleureux. »
Je le répète, j’ai passé une partie de la lettre dont il m’eût été impossible de donner la traduction, mais je renvoie les lecteurs qui lisent l’anglais au numéro du 26 avril du Town Talk.
Voici une correspondance plus récente parue dans le numéro du 14 juin ; celle-ci est d’une mère de famille qui raconte un cas de sa propre expérience, et donne le fait, dit-elle, sans commentaires. Il n’en est, du reste, pas besoin.
« Mistress A… se plaignit au révérend M. B… de la mauvaise conduite de sa fille aînée, Isabel, âgée de quinze ans. Elle avait commis une faute sérieuse et méritait le fouet. Mais miss Isabel, belle et forte fille, déclina de recevoir le fouet ; aussi mistress A… pria-t-elle le clergyman d’officier en cette circonstance à la place du père défunt.
» En conséquence, miss Isabel fut appelée et engagée à s’étendre sur le sopha et à relever ses jupes. Elle refusa ; le recteur alors s’empara d’elle, la jeta sur ses genoux, et la frappa de sa canne sur toutes les parties du corps qu’il pouvait atteindre, pendant la lutte. Ceci, lui fut-il dit, était seulement pour la châtier de son impudence ; maintenant, elle devait se soumettre à la punition méritée pour sa faute. Bref, elle eut à retirer son pantalon, à se placer elle-même en position (place herself in position) et à recevoir sans plus de résistance la vieille cinglade (an old fashionned spanking), d’abord de la main du révérend M. B… et ensuite de celle de mistress A… La douleur fut cuisante, mais, naturellement il n’y eut nulle injure physique (no physical injury) et Isabel dut, dans cette ignominieuse position, remercier sa mère et l’ami de sa mère, après on lui permit de rajuster ses vêtements et de se retirer. La mère a déclaré que, depuis, sa fille était complètement changée et devenue une jeune personne accomplie. »
On le voit, les lettres que publie hebdomadairement le Town Talk apportent de piquantes révélations sur les dessous de la société anglaise, et montrent naïvement ce qui se cache derrière ses décors d’honnêteté et de décence.
Les jeunes misses, beaucoup plus délurées que nos demoiselles, moins niaises et plus indépendantes donnent, paraît-il, du fil à retordre aux maîtresses de pension. Ce ne sont pas de petites brebis que le pasteur ou la pastourelle conduit paisiblement ainsi qu’un docile troupeau, mais des chevrettes récalcitrantes et fantasques bravant l’autorité, faisant tapage et flirtage en dépit du qu’en dira-t-on.
« Personne, excepté ceux qui ont charge de filles, écrit piteusement un autre correspondant qui signe Pro Rod (Pour la trique), ne peut savoir combien elles sont désobéissantes, turbulentes, déréglées ; et à moins que la maîtresse qui les dirige n’ait tous pouvoirs sur ses élèves, elle doit abandonner l’espoir de se faire obéir. »
Aussi nombre de matrones s’accrochent-elles à la verge séculaire comme à un bâton de commandement, prétendant que, si elle était plus en usage, il serait plus aisé de maintenir la discipline, spécialement chez les grandes demoiselles, et que celles-ci surtout ont plus besoin du fouet que les petits garçons.
« Il est absurde de s’imaginer qu’une grosse et impertinente fille de seize ans (sturdy young hussy of sixteen), écrit une directrice d’école publique, peut être corrigée par des pensums ou des remontrances ; une souple et solide branche de bouleau est ce qu’il y a de mieux, particulièrement si on la trempe au préalable dans l’eau pour en augmenter les propriétés mordantes, et à défaut une canne de jonc d’un penny ou même une cravache de dame, pour les jeunes personnes très développées. Une lanière écossaise en cuir (tawse) n’est pas à dédaigner. Et quand on s’en est servi pendant quelque temps, sévèrement, sans faiblesse, à nu, et sans crainte d’injurier la santé de la délinquante, rien que la menace d’une expérience nouvelle fait rentrer les plus récalcitrantes et les plus arrogantes dans l’humilité et le devoir. »