Je termine, car je suppose les lecteurs pleinement édifiés.
Au cas contraire, je leur répondrais comme maître Alcofribas : « Bonsoir, messieurs, PARDONNATE MI ; et ne pensez tant à mes faultes que ne pensez bien ès vostres… Si vous me dictes : « Maistre, il semblerait que ne fussiez grandement sage de nous escrire ces balivernes et plaisantes moquettes ; » je vous respond que vous ne l’estes guères plus de vous amuser à les lire. »
VII
PENSIONNAIRES
Je crois que l’on trouvera mes petites Anglaises un peu trop libres, un peu trop hardies, exagérées, chargées, en un mot hors nature, et, en conséquence, que l’on croira devoir tirer de cette histoire (fondée sur des faits d’une authenticité incontestable), cette conclusion qu’elle est une censure des mœurs anglaises.
(Justin Amero, Les jolies filles de Grovenhill.)
On comprendra facilement, d’après les documents qui précèdent et dont je laisse toute la responsabilité à la feuille qui la première les a livrés au public, que la modestie des jeunes pensionnaires doit avoir quelquefois beaucoup à souffrir. Aussi, s’étonnera-t-on médiocrement en apprenant, toujours sur la foi du même organe, que les pensionnats en général ne sont pas précisément des temples de chasteté. La tendre innocence n’y serait guère plus en sûreté que dans certains couvents célèbres, et la timide et rougissante demoiselle en saurait aussi long, théoriquement du moins, sur des sujets scabreux que la petite rôdeuse nocturne des parcs et des carrefours.
Notez, et je ne saurais trop le redire, que ce n’est pas moi qui avance ces faits ; aussi, pour me décharger de toute accusation d’exagération et de parti pris de malveillance, je m’empresse de m’abriter derrière les guillemets de l’emprunt :
« La pensionnaire de « fiction » nous est familière à tous. On a fait d’elle les esquisses les plus attrayantes. Elle est tout innocence ou tout ignorance, deux termes identiques en ce cas. Des mystères de l’alcôve, auxquels tôt ou tard elle doit être initiée, elle est généralement censée ne savoir rien ou moins que rien. Poëtes et romanciers insistent sur cette enfantine et radieuse candeur. Qu’une telle ignorance soit une qualité qu’il faille cultiver comme les rimeurs et les confectionneurs de nouvelles semblent le croire, c’est une question à débattre ; mais avouons qu’en réalité elle est d’une rareté extrême.
» Elle peut exister, sans nul doute, et nous serions désolés d’affirmer qu’elle est aussi éteinte que certaines races antédiluviennes ; mais la pure et innocente pensionnaire du XIXe siècle en sait fort long sur bien des choses qu’elle est supposée ne pas connaître, et le mystère même dont ces choses sont entourées a pour résultat immédiat d’appeler toute son attention.
» Nous nous aventurons donc jusqu’à avancer hardiment que si ces mêmes rimailleurs et écrivassiers pouvaient, sans crainte d’être vus, entendre les conversations courantes des élèves des plus respectables et des plus recommandables pensionnats, ils ouvriraient considérablement les yeux et les oreilles. »
L’auteur de l’article entre dans des détails qu’il me serait impossible de reproduire et qui tendraient à démontrer par quantité de faits dont il affirme posséder les preuves que nombre de ces vierges saturées de parfums bibliques sont dignes en tous points de s’ébattre dans l’île chantée par Baudelaire dans ses Femmes damnées :