Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos. . . . . . . . . . . . . .
« Tout cela, continue le reporter de ces mœurs… légères, ne peut être ignoré. Il n’est pas possible que les maîtresses et les sous-maîtresses, aux soins desquelles sont confiées tant de filles de tout âge, restent dans un état de candide inconscience de ces turpitudes commises en quelques sortes sous leurs yeux. Cependant nulle n’en souffle mot. Une misérable fausse pruderie, la plus grande malédiction qui pèse sur l’Angleterre, tient les bouches closes. On aurait honte de prononcer une parole qui pourrait choquer la modestie des coupables. Et, en attendant, ces jeunes filles détruisent à plaisir et faute d’avis salutaire, cette innocence et cette même modestie qu’elles devraient si soigneusement conserver… Quelques avis donnés discrètement par une directrice sage et dévouée arracheraient annuellement des milliers de jeunes personnes à des pratiques dégradantes pour le corps et pour l’âme. Mais ces quelques mots, il faudrait nécessairement les lâcher, explicites et crus ; et l’imbécile pruderie, qui passe dans ce pays pour de la moralité, nous contraint tous à un silence cent fois plus destructif que la guerre ou la peste.
» Jusqu’où s’étendra cette abomination ?
» Les docteurs eux-mêmes gardent sur ce sujet un étrange mutisme. Ils savent sûrement, et ils ne peuvent manquer de savoir, combien ces détestables habitudes sont propagées. L’hystérie, si commune chez les filles, et quantité d’autres formes de désordres nerveux, sont neuf fois sur dix la conséquence de ces pratiques. Elles dévorent le sang et la vie jusqu’au cœur de la plus tendre et de la plus délicate moitié des jeunes générations. Elles infusent les germes de faiblesse, de ruine, de folie, dans celles qui sont appelées à devenir les mères des Anglais de l’avenir.
» La contagion marche d’un pas sûr au travers du pays et s’y étale sans entraves. Pourquoi donc les docteurs n’avertissent-ils pas les parents des dangers qui menacent leurs enfants ? Les parents, hélas ! en savent autant qu’eux ; mais ils ont tous la placide imbécillité de croire que, si la jeunesse est corrompue, leur seule progéniture échappe à la corruption ; et si même un docteur osait s’aviser d’ouvrir les yeux à une mère sur les habitudes vicieuses de sa fille, il recevrait sûrement un prompt et énergique congé[7]. »
[7] Town Talk, The horrors of girls’ Schools.
Et, dans un autre numéro, le même journal revient à la charge :
« Je déclare sans la moindre hésitation, dans l’intérêt des parents, à quelque rang de la société qu’ils appartiennent, que la majorité de nos pensions de jeunes filles sont des antres d’iniquité, et que c’est à leur néfaste influence que beaucoup d’infortunées doivent les premiers pas faits dans le chemin du déshonneur. Je ne veux pas outrager cette légendaire pruderie qui nous a rendus fameux, nous autres Anglais, car alors je dévoilerais des choses telles qu’elles soulèveraient un si terrible cri d’indignation contre ces écoles de pestilence, que le public ne serait satisfait que lorsqu’il les aurait vu raser du sol. Les maisons d’éducation pour les garçons valent-elles mieux ? Interrogez les médecins. Moi, je n’ose répondre[8]. »
[8] No 267. Dans une lettre adressée au Town Talk sur le même sujet, le correspondant déclare que, dans la plupart des pensionnats, le moral des filles diminue à mesure qu’elles grandissent. « Plusieurs jeunes personnes qui passaient pour accomplies furent aperçues d’une fenêtre engagées dans une occupation horrible à voir. Croyez-vous qu’on les ait renvoyées de l’école ? Non, certes, car le pire de ceci est qu’une maîtresse n’oserait jamais avouer aux parents que de telles abominations se sont passées chez elles. Tous retireraient aussitôt leurs enfants. Ce serait la ruine de sa maison. »