» — Non, dit-elle ; peut-être vous-même n’appelez-vous pas méchants vos desseins, et peut-être ne le sont-ils pas ?
» Il jura qu’ils ne l’étaient pas.
» — Vous ne me comprenez pas, dit-elle. Je veux dire que, s’ils sont contre mon honneur, ils peuvent ne pas être méchants ; mais le monde les nomme ainsi. Mais, d’après vos dires, le monde ne saura jamais rien de la chose. Cependant, mon honneur ne reposerait-il pas entièrement sur votre discrétion ? Ma réputation ne serait-elle pas en votre pouvoir ? Ne deviendriez-vous pas mon maître ?
» Joseph supplia Sa Seigneurie de se rassurer, car il n’imaginerait jamais la moindre méchante action contre elle, et il préférait souffrir mille morts que de lui donner une seule raison de le soupçonner.
» — Cependant, dit-elle, je puis avoir des raisons de vous soupçonner. N’êtes-vous pas un homme ? et, sans vanité, je me flatte de posséder quelques charmes. Mais peut-être craignez-vous que je ne vous poursuive en justice ? — oui, vraiment, je le crois. Et cependant, Dieu sait si j’aurais jamais le courage d’affronter un tribunal ; et, du reste, vous le savez, Joé, je pardonne facilement les offenses. Dites-moi Joé, ne pensez-vous pas que je vous pardonnerais ?
» Je vous jure, madame, répondit Joseph, que je ne ferai jamais rien qui puisse désobliger Votre Seigneurie.
» — Comment dit-elle, pensez-vous donc alors que cela ne me désobligerait pas ? Pensez-vous que je vous supporterais volontiers ?
» — Je ne vous comprends pas, madame, dit Joseph.
» — Vraiment ? Alors vous êtes un imbécile ou vous faites l’imbécile. Je vois que je me suis trompée. Retournez à l’office, et que je ne revoie plus jamais votre face. Votre prétendue innocence ne peut m’en imposer.
» — Madame, dit Joseph, je ne voudrais pas que Votre Seigneurie pensât mal de moi. J’ai toujours fait mon possible pour être un serviteur respectueux envers vous et mon maître.