»  — Oh ! scélérat que tu es, répliqua la dame, pourquoi mentionnes-tu le nom de ce cher homme ? C’est donc pour me faire souffrir, pour me rappeler sa mémoire chérie ?

» Et, fondant en larmes :

»  — Éloigne-toi de ma vue ; je ne saurais endurer davantage ta présence.

» A ces mots elle lui tourna brusquement le dos, et Joseph battit en retraite dans la plus profonde consternation. »

La veuve, on le pense bien, ne devait pas s’arrêter en si beau chemin, et Fielding avec son admirable connaissance du cœur humain et aussi de ce grand monde hypocrite et vicieux où il avait été élevé[9], nous la montre, dans un autre chapitre, revenant à la charge.

[9] Le père d’Henry Fielding était lieutenant général.

Pour être bien certaine de l’innocence du benêt, elle l’a accusé de tentative déshonnête sur la personne d’une de ses filles de chambre.

«  — Venez ici, Joseph, toute autre maîtresse que moi vous eût déjà congédié pour de telles offenses dans sa maison ; mais je prends en compassion votre jeunesse ; et si j’étais bien certaine que vous ne vous rendissiez plus coupable… (Posant en même temps la main sur la sienne) : Considérez donc, enfant, vous êtes un superbe jeune homme, et vous pourriez faire mieux ; oui, vous pourriez faire votre fortune.

»  — Madame, dit Joseph, je jure à Votre Seigneurie que je serais incapable d’affirmer si aucune servante de la maison est homme ou femme.

»  — Oh ! fi Joseph ! répondit la dame ; ne commettez pas un second crime en niant la vérité. Je pourrais pardonner le premier : mais j’ai l’horreur du mensonge.