« Le mariage est une institution si ancienne, il a de tout temps excité un intérêt si universel dans la famille humaine, qu’en offrant au public un journal spécialement consacré à la propagation des félicités conjugales, nous sommes certains de répondre à un besoin national.
» La civilisation, combinée avec les froides formalités de la société et les règles de l’étiquette, impose de telles réserves aux sexes qu’il y a des milliers d’hommes et de femmes de tous âges capables de faire le bonheur les uns des autres et qui n’ont jamais l’occasion de se rencontrer, soit à la ville, soit à la campagne ; par conséquent, la nécessité d’avoir un organe au moyen duquel les dames et les messieurs aspirant au mariage peuvent entrer en communication d’une façon honorable, est trop évidente pour qu’il soit nécessaire d’insister ; et comme nous sommes fermement résolus de consacrer nos forces et notre énergie aux intérêts et au bonheur de nos lecteurs et de nos correspondants, nous sommes assurés que les Nouvelles Matrimoniales recevront un généreux appui. »
L’appui attendu n’a pas fait défaut. Le Matrimonial News en est à sa quinzième année d’existence, et sa vente est considérable. N’ayant pas de rédaction à payer, puisqu’il ne se compose que d’annonces, les profits de l’entrepreneur ne peuvent manquer d’être énormes.
Chaque semaine, cinq ou six cents aspirants au bonheur conjugal, dont la partie féminine est représentée par 80 p. 100, exposent aux amateurs leurs chaleureux désirs avec une naïveté ou un cynisme étalés à l’aise derrière le voile de l’anonymat. Il faut être bien blasé ou bien difficile pour ne pas trouver dans le nombre l’idéal de ses rêves. Toutes les femmes y sont jolies, aimables, aimantes, douces, et n’ont qu’un but unique, la félicité de l’époux futur. De pauvres filles dépourvues de dot, pensez-vous ? Sans doute, il en est un grand nombre ; mais d’autres, riches, jeunes et belles, demandent un mari avec autant d’anxiété que les disgraciées du sort.
Et dans cette chasse à l’époux légitime, dans leur ardent désir d’atteindre le but elles mettent de côté toute modestie.
Les hommes ne se montrent pas moins âpres à la curée, mais tandis que c’est généralement un cœur, un ami, un soutien que poursuit la femme, eux courent après le sac d’écus, le déclarant avec une hypocrite candeur, ou un absolu dédain de l’opinion.
Qu’importe après tout ? Personne, à l’exception des correspondants, ne connaît et ne connaîtra jamais ni les uns ni les autres. En huit pages de trois colonnes, classés par numéros ou sous des pseudonymes, l’entrepreneur a seul les noms et les adresses et ce n’est que par son intermédiaire que les avertisseurs peuvent entrer en contact. Toutes précautions sont prises pour éviter des mystifications ou des indiscrétions. Nul doute que de temps en temps il ne se commette des unes et des autres, mais ces faits sont rares ; l’esprit positif de nos voisins les éloigne des farces de ce genre, d’autant plus que le jeu peut coûter gros, car on a vu plus d’un plaisant pris à son propre piège.
Il est évident que si le mariage ne suit pas toujours les préliminaires, il se fabrique de jolis petits romans d’amour sous le couvert de la feuille matrimoniale, et ce n’est pas la partie la moins amusante. Plus d’une postulante ne fait ainsi un appel public à l’épouseur que pour trouver aisément un amant de son goût.
Sans qu’il soit besoin de plus amples détails, je vais donner une série d’extraits pris dans deux numéros de janvier dernier, celui du 7 et du 21, scrupuleusement et littéralement traduits.
Commençons par le clan le plus intéressant, celui des amoureuses qui veulent un homme pour l’amour de lui :