Sa face a la couleur des vieilles poupées de cire de Mme Tussaud, celles de rebut que l’on dissimule dans les coins, derrières les neuves et qui, après avoir servi de bouche-trous dans la chambre des horreurs, finissent dans les musées des Barnum forains où elles sont livrées à l’admiration des foules sous l’étiquette de M. de Bismarck, de Mac-Mahon ou de Louise Michel.

— C’en est trop, s’exclamait miss Rabbit, il faut en finir. Des filles élevées presque par charité n’ont droit à nulle compassion. Nelly Fergusson ! Une des plus pauvres de l’orphelinat ! La fille d’une veuve qui a huit enfants. C’est une honte en vérité !

— Madame, je vous en prie, répondait la fillette terrifiée, pardonnez-moi pour cette fois, chère madame !

— Vous pardonner ! Quelle outrecuidance ! C’est une chose à laquelle je n’avais pas songé encore. Ah ! ah ! vous pardonner !

Et elle se dirigea avec la raideur d’une marionnette dans un coin de la chambre, prit un objet qu’elle serra contre sa robe, tandis que Nelly sanglotait le visage caché dans ses mains :

« Madame, madame, je vous en prie. » Pauvre petite ! J’eusse aimé l’entourer de mes bras pour la protéger contre les violences de cette désexée, me placer entre elle et cette furie et, au risque de perdre la demie-guinée que le Vestry m’octroyait pour deux leçons de français par semaine, j’étais presque résolu à crier à cette hommasse : « Laissez donc cette pauvre enfant, vieille chèvre enragée », lorsque d’une voix brève, impérieuse, expression d’une volonté contre laquelle se seraient brisées les supplications des onze mille vierges dont parlent les pieux livres, elle ordonna à la petite Nelly de relever ses jupes et de dégrafer son inexpressible.

Ai-je bien entendu ?

Hein ! Dégrafer… et pourquoi faire ? Ne serait-ce donc pas sur ces belles joues roses qu’elle va appliquer des gifles ? J’en restais frappé de stupeur. Le Times et ses annonces m’échappèrent des mains. Je ne songeais plus à me ménager une retraite rapide et, oubliant toute prudence je collai l’autre œil à la vitre de la porte.

Oui, tant pis. Dussé-je être découvert et chassé de l’école comme un frère ignorantin, il me faut voir le pantalon de miss Nelly. Mes idées d’intervention s’étaient évanouies. Après tout cette jeune personne avait sans doute mérité une punition exemplaire. Pourquoi serais-je intervenu ? Entre l’arbre et l’écorce… Vous savez le proverbe. Du moment que la digne miss Rabbit, femme sévère mais juste, lui ordonnait d’ôter ses culottes, il valait mieux laisser la justice suivre son cours.

Et je vis son inexpressible, un pantalon comme tous les autres, blanc, en fin calicot avec une petite bordure de fausse dentelle au bas. Il cachait la jarretière, mais laissait découvert un mollet bien dodu tout habillé de bleu. Un drôle de petit tire-bouchon, comme aux polissons qui vont à l’école, frémissait par derrière.