Et il prenait ses petits pieds dans ses longues et dures mains de bronze et, courbé comme s'il eût fait une prière, les baisait.

Parfois la jeune fille s'éveillait sous le souffle chaud de sa bouche, et, le voyant agenouillé près d'elle, elle entr'ouvrait les lèvres pour sourire, puis, refermant les paupières, retournait à ses rêves bleus.


XIV

n matin, Mansour lui dit:

—Afsia, le jour béni approche. Lorsque tu auras vu quinze fois le coucher du soleil, tu entreras dans ta quinzième année. C'est l'âge que depuis quatorze ans j'ai attendu. J'ai attendu avec patience, car chaque jour ajoutait une pétale à la fleur de ta beauté. Maintenant elle est complète. Le bouton s'épanouit, le moment de le cueillir est venu. Afsia, je veux te dire un grand secret, resté pendant quatorze ans le secret de mon cœur. Je l'y avais enseveli, afin qu'il ne pût mettre une ombre sur la blancheur de tes pensées. Maintenant, le voici. Afsia, ma jeunesse s'est enfuie comme l'eau d'une source qu'a tari le simoun, ne laissant plus que le squelette de son lit, mais j'ai compté sur toi, source pure, pour rafraîchir le lit desséché et combler les bords arides. Afsia, poème de ma vie, j'ai compté sur ton sourire, pour qu'il fasse descendre sur mon vieux cœur, usé et refroidi par l'hiver, tous les rayons du printemps. Afsia, dis-moi si j'ai bien fait?

—Je ne te comprends pas bien, père. Mais si ton cœur a compté sur le mien et ta volonté sur mon obéissance, tous deux ont bien fait.