—Merci, enfant. Je vais expliquer mes paroles. Celui que les hommes du Tell ont nommé Thaleb, et ceux du Beled-el-Djerid Messaoud, celui que tous appellent Sidi-el-Hadj, Mansour-ben-Ahmed, enfin, va te donner le nom d'épouse.... Afsia, le veux-tu?
—Ton épouse, dit-elle étonnée, comment cela se peut-il, puisque je suis ta fille?
—Tu es ma fille d'adoption. Afsia, mais aucun lien du sang ne nous attache. Rien ne s'oppose à ce que tu sois la chair de ma chair, le vêtement de ma vie, le champ fécond où je dois planter ma vigne; rien, que ta volonté; et je viens te le demander: le veux-tu?
—Tes paroles sont encore obscures pour moi, Mansour, et sans doute je suis un peu sotte. Je ne sais pas tout, comme toi; mais voici: S'il te convient que je ne sois plus ta fille et que je devienne ta femme, je le veux bien. Mais pourquoi attendre quinze jours? Puisque tu parais le désirer si ardemment, ne peux-tu m'épouser aujourd'hui?
—Eh quoi! âme de ma vie; le désires-tu donc avec tant d'ardeur, et ton amour serait-il égal au mien?
—L'amour?
—Oui! sentirais-tu remuer ton cœur pour ma vieille barbe grise?
—Oui, je t'aime. N'es-tu pas mon père et ma mère, et toute ma famille?
—Oh! ce n'est pas ainsi qu'un époux veut être aimé; il doit être aimé d'amour.
—D'amour?... Alors tu m'apprendras comment je dois faire. Je t'aimerai comme tu le voudras, et je désire ce que tu veux.