XVIII

l dut se rendre à Djenarah huit jours avant la noce, cédant à un caprice de l'enfant curieuse de voir sa demeure nouvelle; de plus, il avait besoin de surveiller les derniers apprêts. Comme autrefois, il l'assit devant lui sur sa mule, plus soigneusement que jamais enveloppée de son haik et ne montrant que la ligne noire et profonde de ses grands yeux.

La petite sauvage, qui ne connaissait que son haouch de pierre et de plâtre, fut émerveillée de la splendeur de cette maison digne du harem d'un bach-agha. Tout le luxe arabe, venu à grand frais des bazars de Tunis et de Constantine, s'y étalait avec ses chatoyantes miroiteries.

L'ancien marchand jetait là une partie de sa fortune. Encadrer l'idole! il ne pouvait trouver de meilleur placement.

Ainsi, j'ai ouï dire, font chez vous de vieux débauchés ou des fils de joie, pour des courtisanes sans beauté et sans jeunesse; mais le musulman est de cent coudées au-dessus du chrétien.

Il lui présenta ses servantes: trois jeunes filles du pays de Souab, et la négresse qui avait été sa nourrice et qui, pleurant et riant à la fois, baisa les mains et les pieds de cette douce merveille. Il lui montra la chambre préparée pour recevoir la vierge; elle s'ouvrait dans la galerie du premier étage, déjà tout imprégnée des parfums des sérails. Ses petits pieds disparaissaient sous la toison épaisse des riches tapis de Tunis, et, s'étant assise, elle resta enfouie dans les brillants coussins de soie. De grands lis, dans des pots de terre rouge et bleue, balançaient leur tête gracieuse, et, à la petite fenêtre dorée, des poignées de fleurs des oasis descendaient en girandoles.

C'est là, qu'après la défaite, une matrone devait, suivant la coutume, à la foule impatiente, exposer triomphalement, sur le drap étendu, les preuves irrécusables de la virginité.