XIX
r, au moment où ils entraient en ville par la porte de Biskara, un cavalier portant le burnous rouge des spahis se trouva sur leur chemin. Il suivait le milieu de la voie, monté sur un cheval nu, qu'il allait faire boire à la petite rivière qui arrose les jardins. A cet endroit la rue est étroite, disposition qui facilite la défense en cas d'attaque, et les maisons à terrasse, basses et serrées, permettent à peine à trois cavaliers de passer de front. Aussi le thaleb rangea un peu sa mule et, comme l'autre passait, leurs regards se croisèrent. Ce regard laissa le thaleb rêveur: mais le spahis insoucieux continua son chemin, et, tandis qu'il sortait par la haute porte, flanquée de tours, il entendit des voix qui disaient:
—Holà, hommes! Voilà Sidi-Messaoud et sa fiancée!
Ces mots l'intriguèrent, et, touchant du doigt l'épaule d'un passant qui suivait Mansour de l'œil:
—Ami, dit-il, quel est ce cheik à barbe grise, qui, contre les usages, porte devant lui sa fiancée sur le berda de sa mule?
—Tu es étranger, répondit le passant, car tu le connaîtrais.
—Tu l'as dit, homme, je suis étranger dans la ville.