—Il est bien connu dans le Beled-el-Djerid et le sud du Tell, et depuis bientôt quinze ans on parle de lui dans Djenarah la Perle. C'est le frère du caïd Brahim-ben-Ahmed. Il s'appelle Mansour, mais on le nomme El-Messaoud, parce que tout lui réussit, et le voilà, vieux grison, qui garde la virginité de sa future épouse.

Le cavalier sourit:

—Oh! oh! la bonne histoire! il n'est virginité si bien gardée qui, à la fin ne se sauve. Ami, le pucelage des filles, c'est comme un jour heureux, il est déjà au diable quand on croit le tenir. Ce bouc amoureux ne serait-il pas semblable au chaouch qui fit longtemps bonne garde autour de la prison, alors que le prisonnier s'était enfui?

—Le prisonnier y est encore, répondit l'autre en riant, s'il faut s'en rapporter au dire, mais bientôt il n'y sera plus.

—Les noces sont prochaines?

—Dans huit jours, mon fils. La ville entière est conviée. On parle de cent moutons rôtis à un douro la pièce! Et il y aura plus de trois cents fusils. Si tu n'as rien à faire, tu peux rester jusque-là.

—Peut-être. Cela en vaut la peine. Homme, merci.

Et il continua son chemin jusqu'à la rivière. Lui aussi était devenu pensif:

—Mansour-ben-Ahmed l'Heureux! murmurait-il; sur la tête du Prophète, c'est là le nom que ma mère a maudit!

Il resta longtemps sous les arbres touffus, qui penchent sur l'eau fraîche leurs vigoureuses ramures, lava avec soin son cheval, le ramena à l'écurie et lui donna l'orge. Puis il revint s'asseoir à la porte du caouadji de la rue de Biskara et se fit servir une tasse de café.