XXXIII

'est demain le grand jour, chère Afsia; il te faudra dire adieu à notre haouch, à la petite fontaine et au saule sous lequel tu te baignais; adieu à ton jardin où tu aimais à te cacher de longues heures, aux oiseaux qui saluaient ton réveil, aux roseaux du marais qui rayent de vert la plaine grise, à la montagne bleue où le soleil se couche, à la solitude, à la poussière et au simoun.

—Je suis triste, dit Afsia.

—Triste, et pourquoi? là-bas tu n'auras ni poussière ni simoun, mais un jardin aussi beau que celui-ci, avec des oiseaux qui, comme ceux-ci, chanteront à ton réveil; une maison plus belle que celle du caïd, avec des dalles de terre émaillée, et une cour où fleurissent de grands orangers, et un jet d'eau au milieu, avec des poissons rouges.

—Je suis triste, dit Afsia.

—Écoute ce que tu auras encore: Une galerie fraîche et ombreuse où, autour du grillage peint en rouge, serpente la vigne, et le chèvrefeuille et les beaux liserons aux clochettes de mille couleurs. Là tu feras la sieste et le rideau de feuillage sera si épais que c'est à peine si tu pourras voir l'azur du ciel. Tu auras sous tes pieds des tapis de Tunis, avec de belles étoffes de soie pour t'envelopper, une veste soutachée d'or comme les femmes de Constantine et des sebates rouges brodées d'or et de soie bleue.

—Je suis triste, dit Afsia, triste, triste.