—Égaye-toi, mon enfant chérie; ta tristesse couvre mon âme d'un nuage. Pourquoi devenir triste à l'heure où tant de filles sont joyeuses? Que diraient les femmes qui viendront te prendre au matin, si elles te voient le souci dans les yeux? Elles croiraient que les vieilles à l'œil mauvais ont jeté un sort sur tes fiançailles et que tu pleures parce que tu hais ton époux.
—Elles mentiraient! car, je t'aime bien, et ce n'est pas cela qui me rend triste....
Elle hésita, elle allait tout avouer, mais il répéta, craignant entendre de cette bouche naïve que c'était sa barbe grise qui assombrissait sa fiancée:
—Éclaire ta face, lune de mon âme, ta douce lumière sera désormais le flambeau de mes nuits. Oh! que te rendrai-je pour tout le bonheur que tu vas me donner. Je voudrais être la frange de ton haik, pour ne pas te quitter le jour, ou mieux une boucle de tes cheveux noirs pour ne te quitter ni jour ni nuit. Je voudrais être le Meroued qui te noircit les yeux, ou mieux la couleur de grenade mûre qui te rougit les lèvres. Allons, lève-toi, aimée de mon cœur, laisse ta source courir et pleurer, et va te faire belle.
—Où seras-tu, Mansour, quand les femmes me prendront?
—Je suivrai ta mule sur un cheval de race que m'enverra le caïd, un descendant d'un étalon noir, fils d'une jument de mon père, sur le dos duquel j'ai acquis du renom, et je veillerai, le sabre nu, sur le trésor que Dieu m'a donné!