lle alla se parer de ses plus beaux atours, de ceux que Mansour lui avait achetés à sa dernière visite à la ville.
Et quand elle eut tressé ses lourdes nattes noires, épaisses comme la berima que les nobles fils des tentes roulent autour de leur tête, et qui tombaient, voluptueuses cordes de soie, de chaque côté de ses épaules si souvent baisées du soleil; quand elle eut mis une gandourah, si fine qu'à travers la trame se reflétaient les tons rosés de sa chair, et enfermé ses hanches dans le large pantalon de soie jaune qui laissait ses mollets nus, elle serra ses flancs du foutah multicolore, noua sa large ceinture d'or et, prenant un miroir à manche, elle s'assit sur ses coussins de laine, et tout en mâchant la branche du souak qui parfume l'haleine et fait les lèvres pourpres, s'admira.
Comme un enfant que sa mère a revêtu d'habits neufs et qui n'ose plus remuer, de crainte de se salir et de déranger les plis méthodiques de son accoutrement, elle restait là, immobile, radieuse, se souriant à elle-même.
Elle ne pensait plus à son mariage, ni à Mansour, ni à l'homme caché dans les roseaux, ni aux petits billets qu'il lui avait écrits, ni à sa voix qui lui avait fait peur; elle ne pensait qu'à se trouver belle, et certes, jamais plus charmant spectacle ne pouvait frapper sa vue.
Et pour donner encore plus d'éclat à ses grâces, à ses splendeurs et à son sourire, le père du monde qui avait aidé à l'épanouissement de cette merveille, rougi ses lèvres, rosé ses joues, gonflé ses seins et allumé ses yeux, le soleil, le radieux soleil vint du fond de l'Occident lui rendre visite.
Il jaillit tout à coup à travers le treillage de sa petite fenêtre, l'inondant de ses rayons pour caresser une fois encore, avant qu'elle fût à jamais partie, cette virginité éclose et mûrie sous ses baisers. Comme on entoure un être cher, qu'on ne doit plus revoir, ne pouvant se détacher de lui, l'embrassant, puis le repoussant, puis, revenant l'embrasser encore, disant: «Adieu! adieu!» il l'enveloppa tout entière, illuminant sa face, se jouant dans les reflets bleus de sa chevelure, miroitant dans les anneaux d'argent de ses oreilles, de ses bras et de ses chevilles, scintillant dans le chapelet de sequins qui encadrait ses joues brunes et les paillettes d'or de sa calotte de velours violet, courant sur elle comme un frisson, fouillant partout, jetant partout de subites ténèbres et de subites clartés, des torrents de couleur fauve, des ruissellements rouges, des cascades de feu, éparpillant au moindre mouvement d'elle, les ombres et les éclairs.
Au milieu de ces rayonnements, l'enfant ressemblait à ces idoles de femmes éclairées de lueurs artificieuses et devant lesquelles, au fond de mystérieuses chapelles, se prosternent les idolâtres adorateurs de Jésus. Ainsi que ces symboles éternels de l'abêtissement humain, elle s'était entourée des parfums qui grisent et troublent le cerveau des plus forts. D'un petit réchaud de cuivre placé devant elle, montaient les nuages bleus des pastilles odorantes, et des plis de ses vêtements et du gonflement de ses seins s'émanait l'essence des roses. Le poison subtil et délicieux emplissait l'oda, chargeant l'air de mollesse et de langueur. Défiez-vous de ces enivrements. Dans vos mosquées, ils courbent la femme sous vos prêtres, mais sur les coussins voluptueux de l'alcôve et derrière le rideau du Gynécée des tentes, c'est l'homme fort qu'ils courbent sous la femme chétive. A la fille la plus frêle ils livrent les rudes et durs soldats, plus soumis que les esclaves noires que jadis nos caravanes ramenaient des terres chaudes, de l'autre côté des sables, pour les vendre aux marchands chrétiens. C'est pourquoi, si tu veux rester homme, ne t'attarde pas en la compagnie des femmes.
Celui qui vit au milieu d'elles devient eunuque par le cœur. Car si le fer tranche à l'eunuque ses parties charnelles et créatrices, les émanations de la femme lui châtrent la virilité de l'âme.
Ainsi il a été recueilli, ou à peu près, dans les paroles du sage Lockman, qui n'est autre que le grand Salomon.