—J'ai peur, répéta Afsia, qui le suivait et s'attachait à lui, j'ai peur. Ne t'en va pas. Écoute, Mansour, j'ai quelque chose à te dire. Reste avec moi. Ne me quitte pas! ne me quitte pas!


XLI

ester avec elle! c'était justement ce qu'il redoutait, car il venait d'être pris de cette fureur qui saisit les hommes et, parfois aussi, dit-on, les femmes, à la veille de passer la porte de la vieillesse. C'est l'âge critique des passions comme de la vie. L'amour s'allume et éclate ainsi qu'une arme chargée par une main malhabile. Ceux qui ont franchi l'âge mûr et jouent le jeu des jeunes se blessent et se font huer.

Les huées, il n'en voulait pas. Il voulait la vierge, mais ne voulait pas les rires, et il y aurait des rires, le lendemain, dans Djenarah la Perle, si par malheur il allait faiblir.

Et cependant, plusieurs fois en quelques minutes il avait vu venir le moment où il ne pourrait plus être le maître de lui-même, où, larron de son propre bien, il allait déflorer sa fiancée, se faire cocu la veille de ses noces, livrer le reste de sa vie à l'éternelle risée. Car, quel bruit, lorsque la matrone, ouvrant la fenêtre, au lever de l'aurore, présenterait, aux éclats de rire de la foule impatiente, un linge immaculé!

—Par le Prophète, dirait-on, voilà quatorze ans que le vieil âne garde sa fiancée, prise par lui au maternel ventre pour être plus certain de l'avoir pucelle, et, la nuit des épousailles, elle n'a même pas taché sa couche. Ah! le maudit de Dieu! Est-il donc si faible, ce vieux suborneur de femmes, ou l'oiseau qu'il tenait en cage s'est-il enfui sous son nez? Tahan! Tahan! Cocu! cocu!