XLIX

ependent la lune, par-delà les limites de l'horizon venait de se débarrasser de son rideau de nuage, ainsi qu'une femme qui s'est dépouillée de ses vêtements et se montre toute éblouissante des éclats de sa jeunesse. Son globe démesuré inonda la campagne de sa molle et pâle clarté, éclairant la petite façade du haouch et aussi le cœur de Mansour. La maison était si tranquille, si enveloppée de silence et de calme, perle blanche dans son écrin vert, qu'il en fut tout joyeux. Il lui sembla même voir filtrer un filet de lumière, et il dit;

—Elle est là!

Et en même temps, la brise qui avait passé sur le jardin d'Afsia, lui arriva chargée des arômes familiers, comme si les fleurs aimées de la jeune fille venaient le saluer de leurs parfums et répéter avec lui: «Elle est là! Elle est là!»

Et à mesure que la petite maison grandissait et sortait plus distinctement des épaisseurs de l'ombre, toute trace de souci s'effaçait de son front et de son cœur. Il cessa de courir, se gourmandant même de ne pas être allé plus loin, au secours de l'enfant. «Car, disait-il, il est peut-être vrai que le petit drôle se soit enfoncé dans la boue du marais.» Et, si cela était, il passerait aux yeux du Cheik Ben-Kaouaidi et des chameliers de la plaine pour un homme au cœur dur et à la main fermée.

Mais il se consola bien vite, en pensant que l'enfant s'était tiré d'affaire, et que, dès le lendemain, il enverrait le plus beau de ses chiens au Cheik Ben-Kaouaidi.

Et, s'étant essuyé le front et le visage ruisselants de sueur, il arriva à la porte et frappa, tout joyeux de la trouver close.

—Ouvre, Afsia, ma gazelle, c'est moi.

Mais la porte ne s'ouvrit pas.