Et il courait vers le marais. C'est la voie qu'ils avaient dû prendre, fuyards honteux, pour éviter les gens de la noce.
Bientôt, en effet, il aperçut les deux ombres qui allaient lentement dans les hautes herbes. Il voyait leurs têtes et de temps en temps celle de l'homme se penchait sur celle de la fiancée.
—Arrête, cria-t-il haletant, car la course l'avait rompu, arrête, toi qui me voles mon épouse.
—Ton épouse est à moi, riposta l'autre. Quoi! t'es-tu ravisé et viens-tu la reprendre. Les gens de Djenarah ont donc dit vrai, en affirmant que tu n'avais pas de scrupules et qu'aux jours de ta jeunesse tu cherchas une maîtresse dans le lit de ton père? Mais tu te trompes, vieillard, si tu crois que je veuille laisser cette belle fille en pâture à ta froide lubricité.
Sous cette insulte, les yeux de Mansour lancèrent des reflets rouges comme aux heures de tempête où il criait aux guerriers de son goum:
«En avant, jeunes gens, à la nage, à la nage! Ce n'est pas le plomb, c'est le destin qui tue!»
Et il épaula l'arme:
—Afsia, cria-t-il, baisse-toi.
Mais ce ne fut qu'un éclair, il remit son fusil au pied et se contenta de dire:
—O toi qui es entré dans une maison calme et radieuse, et en es sorti y laissant la mort et la nuit, oublie mon nom, moi je ne te connais plus. Oublie-le jusqu'à l'heure où le châtiment ouvrira brusquement ta porte et entrera sous ton toit comme tu es entré sous le mien; alors tu te souviendras de ton père Mansour-ben-Ahmed.