LVII

ependant, les invités de la noce s'avançaient, bruyants et joyeux.

Jeunes et vieux étaient à cheval, et le Caïd les précédait. Pour faire honneur à son frère, il avait convoqué les cheiks d'alentour, et tous avec leurs cavaliers, le fusil sur la cuisse, chatouillaient de leurs longs éperons ou du coin aigu de l'étrier, les flancs des fiers étalons et des ardentes cavales qui, surexcités et narines fumantes, bondissaient en mâchant le mors, impatients d'être lancés à la brillante fantasia.

Car déjà, on approchait du haouch; on l'apercevait noyé dans les premières lueurs de l'aube, enfoui dans sa verdoyante oasis.

«A la nage, jeunes hommes, à la nage! A la nage sur vos coursiers! Voici le moment de déployer votre force et votre adresse, le moment de montrer, aux plus beaux yeux du Souf, comment les enfants de la plaine savent manier un fusil et un cheval.

«Car, la belle Afsia, la fiancée du vieux Thaleb, ouvrira sur tous ses grands yeux de gazelle et qui sait si elle ne remarquera pas quelqu'un d'entre vous. Alors, ce soir, dans les bras de son vieil époux, le souvenir du cavalier traversera peut-être sa pensée et elle se dira: «Que n'est-il à mes côtés à la place du vieux!» Et assister, en tiers invisible, à la nuit amoureuse, n'est-ce pas un pas pour entrer dans le cœur?

A la nage, jeunes gens, à la nage! Aujourd'hui, c'est jour de poudre. Haut les fusils et feu!»