l était rare que Mansour trouvât un instant où il pût être seul avec elle; cependant il en trouvait. Pour lui, le père n'avait aucune méfiance; et un jour même, forcé de s'absenter quand les autres femmes étaient dehors, il l'appela et dit:

—Reste près de Meryem.

Mansour s'assit en silence, ému et troublé; il n'osa parler ni lever les yeux, de crainte que la jeune femme ne reconnût son trouble et ne lût ses convoitises; aussi, au retour du cheik, Meryem s'écria:

—Ton fils est timide comme une fiancée.

Mais Kradidja lui ayant rapporté en plaisantant ces paroles, il s'enhardit, et un soir, comme il ramenait les troupeaux et que Meryem fit quelques pas à sa rencontre pour s'emparer d'une chèvre rétive, il lui jeta une fleur dans le sein.

Elle la retira en riant et l'attacha dans ses cheveux.

Le lendemain, il lui dit:

—Je voudrais une femme comme toi, Meryem, où la trouverai-je?

—Va, répondit-elle, va chez les Beni-Mzab, où ton père est allé, et tu en trouveras.