—Est-ce là l'opinion des hommes de ta tribu?
—Oui, répondit le cheik; si l'un d'eux pense autrement, qu'il parle.
Mais tous gardèrent le silence.
Alors, irrités, les cavaliers d'Hasseim s'écrièrent:
—O hommes pusillanimes; sont-ce là vos pensées? Sont-ce bien là les paroles des fils de l'Islam; et le caïd, notre seigneur, s'est-il trompé en comptant sur votre concours? Il a dit: «Les Ouled-Sidi-Abid sont des hommes.» Que répondra-t-il, quand nous lui rapporterons ce que nous rougissons d'avoir entendu?
Déjà les tribus du nord du Tell sont debout. Seuls resterez-vous couchés avec vos femmes, enveloppés de votre honte et isolés dans votre opprobre? O cheik, es-tu donc de ceux qui disent:
«La peste est arrivée dans le pays;
Allah, fais qu'elle épargne ma tribu!»
«La peste est arrivée dans la tribu;
Allah, fais qu'elle épargne mon douar!»
«La peste est arrivée dans le douar;
Allah, fais qu'elle épargne ma tente!»
«La peste est arrivée dans la tente;
Allah, fais qu'elle épargne ma tête!»
De l'argent aux Roumis! O déshérités de Dieu! A quoi songez-vous? Le seul métal que nous leur devions, c'est le plomb.
—C'est le plomb, c'est le plomb! répétèrent plusieurs voix.
—Et vos femmes? Y avez-vous pensé? Que diront-elles de vous, lorsque les guerriers des tribus du Tell vous auront inscrits au rang des hésitants et des lâches?