—Oui, ajouta le cheik; mais les tolbas[4] ne sont que les chiens des batailles; le bruit qu'ils font les empêche de se mettre en besogne. Ils aboient et ne mordent pas.
—Je mordrai, dit le jeune homme.
—Mon fils, je lis la fureur dans tes yeux comme je l'entends sortir de ta bouche. Cela me fait plaisir; car quiconque est sensible à l'outrage doit apprendre à le punir. Je prends acte de tes paroles et te donne mon consentement; ta mère depuis longtemps m'en prie. Tu peux devancer nos jeunes hommes. Tu confirmeras de ta bouche ce que nous venons de dire aux envoyés d'Hasseim: «Aussitôt qu'il le demandera, il aura notre goum.» Va, et selle le poulain noir. C'est le premier-né de ma jument Naama et puisse-t-on dire un jour qu'il t'a désaltéré de joies. Qu'après la bataille la femme que tu auras choisie le prenne par la tête, et détache son haik pour essuyer la sueur de sa face. Va, que le salut t'accompagne.
Et comme il s'éloignait, le cheik lui cria:
—Que Meryem ouvre le fondouk, qu'elle te donne deux douros et vingt-cinq cartouches. Au reste, Dieu pourvoiera.