ansour s'éloigna, et derrière lui éclatèrent quelques rires.

Les hommes du douar disaient: «A sa vue les Roumis fuiront!»

Il se retourna et vit son père le sourire aux lèvres. Ce fut comme un coup de verge cinglé sur le cœur, et, de nouveau, y fit jaillir la colère, car il n'entendit pas ce que le père ajoutait: «Patience, il est de bonne race et lorsque le poil de son menton aura cru, il saura tenir sa place au rang des guerriers.»

Sur le seuil de la tente, il jeta son bâton de pasteur qui roula aux pieds de Meryem.

—Quoi! te voilà encore? s'écria-t-elle. Mais, effrayée du feu sombre de son regard, elle se recula jusqu'au milieu de la maison de poils, s'adossant à l'un des piquets.

Elle venait d'achever sa toilette et elle était toute fraîchement peinte. Ses grands yeux noirs, encore agrandis par le koheul, buvaient l'âme, et ses sourcils, arcs gracieux, descendaient jusqu'aux tempes et se joignaient par une ligne délicate. Elle avait mâché la plante qui colore les lèvres d'un rouge grenat et collé sur ses joues de petites paillettes d'or; Mansour les regardait et brûlait de les prendre à sa bouche. Le large turban des filles du Souf enveloppait sa jolie tête encadrée par les anneaux lourds de ses tresses noires, d'où se détachaient pleins d'éclat ses larges anneaux d'argent. Par la fente de la gandourah de soie rayée, on entrevoyait les dures mamelles que les baisers de l'époux et les fatigues de la vie n'avaient pas eu le temps de flétrir; elles soulevaient harmonieusement le léger corsage que serrait à la taille une ceinture brochée d'or. Bras et jambes nus, elle avait teint avec le henné ses mains jusqu'aux poignets et ses pieds jusqu'à la cheville, de sorte que le bout de ses doigts ressemblait aux fruits du jujubier.

Il est écrit: «Quand une femme s'est orné les yeux de koheul, paré les doigts de henné, et qu'elle a mâché la branche du souak qui parfume l'haleine, fait les dents blanches et les lèvres de pourpre, elle est plus agréable aux yeux de Dieu, car elle est plus aimée de son mari.»

Et comme elle levait le bras droit pour saisir le piquet de la tente, en y appuyant nonchalamment la tête, l'œil ravi de Mansour s'arrêta sur l'aisselle soigneusement épilée et les harmonieuses attaches du cou et des seins.

Non, jamais il ne l'avait vue si charmante, jamais, depuis le jour de ses noces, elle ne l'avait autant ébloui.

Et tout frémissant devant ce poème de beauté, il demeura sans parole.