Il ne le croyait pas; ne voulait pas le croire; il essaya ailleurs; mais partout on lui dit:
—Tu es vieux!
—Elles se sont donné le mot, pensa-t-il.
Car il se sentait jeune, en dépit de ses poils gris et de la roideur de ses membres. Si le corps avait vieilli, le cœur, resté le même, n'avait que vingt ans.
Cependant le vide se faisait autour de lui, car tous le haïssaient; ses anciens compagnons et ses admirateurs d'autrefois, devenus époux et pères, le tenaient avec soin, depuis longtemps, à l'écart. Célibataire stérile et jaloux, il se voyait entouré de défiance et de haine.
Qu'allait-il faire? Après s'être si longtemps repu aux frais et aux dépens des autres, il ne lui restait plus qu'à se repaître à son propre compte et à ses propres risques. Certes, malgré les larges brèches creusées dans son avoir par les vingt années de jouissance, il était assez riche pour acheter une femme et la choisir parmi les belles; mais c'était une affaire grave.
Il avait joué tant de maris! ne serait-il pas joué à son tour? Lui, si audacieux et si habile, trouverait-il enfin son maître?
C'est écrit: «Celui qui a trompé sera trompé; celui qui a battu sera battu; celui qui a volé sera volé; et celui qui a souillé la femme de son voisin, s'endormira enveloppé de souillures. Le mal doit être rétribué par le mal.»