XXXIII
l calculait dans le petit chemin jusqu'à quel prix l'une des servantes de la fille pourrait élever la vente de sa conscience en lui facilitant les moyens d'approcher de sa jeune maîtresse, lorsqu'il entendit un léger bruit de pas, et vit s'avancer un homme que malgré l'obscurité il crut reconnaître.
C'était le fils d'El-Arbi-ben-Souafa, l'ancien caïd des Ouled-Amdou, dont les troupeaux avaient été rasés par les Roumis, dans l'affaire de Tuggurt, et qui, du soir au matin, d'homme riche et puissant, s'était trouvé pauvre entre les pauvres.
Ce jeune homme lui plaisait; il avait une figure sympathique et douce, et le malheur récent tombé sur sa famille le rendait encore plus digne d'intérêt. A peine âgé de vingt ans il se proposait, n'ayant nulle ressource, d'entrer dans les mokalis du caïd de Msilah.
Mansour se préparait à l'interpeller au passage, mais le jeune homme s'arrêta, regarda sans le voir dans les jardins d'alentour, puis escalada le mur.
—Oh! oh! se dit Mansour, la misère le pousse-t-elle à ce point qu'il va voler des grenades dans le jardin du muezzin?