Il reconnut bientôt son erreur et quelle était la grenade que venait voler Lagdar, car il entendit un chuchotement confus, puis distinctement ces paroles:
—Quatre cents douros! Il demande quatre cents douros, ma blanche gazelle. Certes, tous les palmiers des oasis et les grands troupeaux qui paissent dans les plaines du Tell et les juments des Ouled-Nayl ne pourraient payer seulement un de tes regards; si j'étais le maître de l'Univers, je retendrais comme un tapis devant toi, en échange d'un sourire; mais où veut-il donc, le vieillard au cœur de roche, que moi, le fils d'El-Arbi le ruiné, je ramasse quatre cents douros?
—Je ne sais pas compter, dit une douce voix qui fit tressaillir Mansour; c'est donc une bien grosse somme?
—C'est le prix de quatre juments du Haymour!
—Qu'Allah nous protège!... Quatre juments du Haymour!...
—Et je n'ai même pas de quoi acheter un âne de Biskara.
—Eh bien, Lagdar, je veux être à toi pour rien.
—Oh! joie de mes yeux, lune de mon âme, soleil de mon cœur, rosé et parfum de ma vie, j'attendais cela de toi.... Eh bien, nous fuirons! Je te conduirai au ksour d'El-Djema, chez ma mère, et le muezzin El-Ketib viendra, s'il le peut, t'arracher de mes bras. Oui, nous irons. Dussé-je faire la route à genoux dans les sables avec toi dans les bras, je trouverais le chemin court et le fardeau léger.
—Elle est encore vierge, se dit Mansour.
—Mais il faut se hâter, continua Lagdar; peut-être demain ton père acceptera les offres d'un riche. Chaque heure qui passe jette une pierre entre nous, et bientôt il y aurait un mur. Il faut partir demain. Que dit ton cœur?