—Six mois au plus et tu seras riche.
—Six mois! Mais le Muezzin l'aura livrée à un autre? Elle se fait femme; elle a bientôt quatorze ans!
—Rassure-toi. On ne trouve pas tous les jours dans le Beled-el-Djerid un amoureux capable de donner quatre cents douros pour... les yeux d'une fille.
—Il en trouvera. Il en trouvera qui la paieraient davantage.
—Eh bien! je ferai plus pour toi que te donner un conseil stérile. Je tiens à toi et je veux, sur les bénéfices futurs de notre voyage, t'avancer cent douros que tu porteras en à-compte au Muezzin.
—Est-il possible? Quoi, tu ferais cela pour moi, ô le plus juste et le plus généreux des croyants!
—Viens à l'heure de l'eucha, je te compterai cette somme, et sans plus tarder tu iras frapper chez le vieillard. On t'ouvrira. Nul ne refuse la porte à qui se présente avec un sac d'écus. Le bonhomme, trop heureux de les prendre, se trouvera ainsi engagé.
—L'eucha, dis-tu? J'avais fixé cette heure à ma bien-aimée! Ne peux-tu en choisir une autre?
—Non, elle seule me convient. J'ai affaire tout le jour. Est-ce entendu?
—Je vais te dire: Meryem sera au rendez-vous, et je n'ai pas d'autre moment ni d'autre endroit pour la prévenir.