Les tramways, copiés sur les Américains, sont aussi de fabrication allemande, et le parcours se paye par kilomètre à raison de deux sous.
Quand le moment fut venu de prendre congé et de faire nos adieux métalliques, nous eûmes quelque inquiétude.
— « Mira ! l’ama. Combien devons-nous ? Et ne salez pas trop la note.
— Trois pesetas et demie chacun, dit-elle.
— Trois francs cinquante pour la chambre, c’est un peu cher. Enfin, on ne vient pas tous les jours à Malaga, et l’on n’a pas toujours d’aussi jolie chambrière. Et pour les repas ? »
Elle nous regarda toute surprise.
« Mais, s’exclama-t-elle, c’est trois francs cinquante pour le tout. »
XXXIX
A TRAVERS L’ANDALOUSIE
Notre intention première était de suivre la côte jusqu’à Gibraltar, puis de remonter à Séville par Tarifa et Cadix ; mais devant nous ravitailler à Séville, il nous restait juste assez pour prendre le train de troisième classe en nous approvisionnant d’un chorizo pour notre déjeuner. Nous voici donc dans ces abominables wagons espagnols, qui courent à une vitesse de cheval poussif, avec une minuscule portière pour permettre de jouir du paysage, point de ressemblance commun avec les nôtres, comme s’il en coûtait beaucoup plus de donner de l’air et de la lumière aux infortunés voyageurs. Compagnie très mélangée : gendarmes ; toreros ; deux vieilles religieuses conduisant aux noces du Christ une jeune novice dont un mari plus substantiel ferait bien mieux l’affaire ; une famille allemande allant je ne sais où, encombrée de paquets, de paniers, de hardes et d’une marmaille pouilleuse et mal élevée.
Mais le supplice est de se trouver, après deux mois de marche et de vie au grand air, enfermé dans ces boîtes, où l’on ne peut ni bouger ni se détirer les membres, ni s’allonger, ni même respirer à l’aise, asphyxié par les émanations de culottes et de jupes non lavées, et autres malpropres dessous. Puis, rouler en chemin de fer est un temps perdu pour le touriste qui se met en route non dans le but de parcourir bêtement des kilomètres, mais pour voyager dans le vrai sens du mot. Autant rester chez soi, au coin de son feu, et s’y chauffer les gibecières en suivant sur la carte les récits des voyageurs.