J’avoue qu’à la place des sultanes, des cent donzellas et de Maria de Padilla, j’eusse préféré une bonne coupe en plein air, à cette pénombre discrète, car ces caves manquent de gaîté.

Il est vrai que quand la favorite s’ébattait dans les bassins de marbre, le roi, de crainte qu’elle ne s’ennuyât, venait avec ses courtisans lui tenir compagnie. Ces vieux usages avaient du bon et je comprends ainsi la visite aux dames. Une reine de l’extrême Sud s’offre de la même façon chaque année à la respectueuse considération des hauts dignitaires de la cour.

Je pense cependant que la divine Maria avait d’autres voiles que l’onde parfumée. L’exquise galanterie consistait à boire de l’eau qui caressait de si doux charmes, et cela va sans dire, de la trouver plus délicieuse que tous les crus de l’Andalousie.

Un gentilhomme français admis à l’insigne honneur de cette séance intime, moins courtisan ou de plus faible estomac que les autres, s’abstint de toucher au philtre.

« Par la Madone, s’exclama ironiquement le roi en fronçant son terrible sourcil, vous me paraissez bien dégoûté, monseigneur ! »

Mais l’autre s’en tira par cette réplique :

« Je n’ose, en effet, sire, tremper mes lèvres dans cette coupe de liqueur enchantée.

— Et pourquoi ?

— C’est qu’après avoir goûté à la sauce, je craindrais de ne pouvoir résister au désir de goûter à la perdrix ! »

Quant aux jardins de l’Alcazar, ils ont subi bien des transformations et les rois maures ne reconnaîtraient plus leurs délices avec ces ifs bizarrement taillés, ces fontaines en rocailles, ces conques, ces amours bouffis et tout le rococo Louis XV apporté par Charles III.