Dans la plaine voisine, le Goth Rodrigue, l’amant de la belle Florinde, perdit contre Tarik la bataille qui livra l’Espagne aux Maures, heureuse invasion dont tous les amis de l’art doivent se féliciter.

Voici le vieux fort de Santa-Catalina ; les marais salins où le San-Pedro déroule ses méandres ; le château de Puntalès en face du Trocadero qui commande l’entrée de l’anse au fond de laquelle Puerto-Real étale ses coquettes maisons blanches vis-à-vis du grand arsenal et des forts casematés du bagne de la Carraca.

C’est à l’entrée de ce détroit qu’eut lieu, lors de la seconde invasion française, le combat de Trocadero. Après une héroïque résistance de la milice gaditane, nos troupes s’emparèrent du fort en se jetant dans l’eau sous le feu des batteries, ce qui rendit le duc d’Angoulême maître de Cadix où s’étaient retranchées les Cortès.

Stérile succès d’une stérile campagne qui coûta cent millions à nos pères.

Carraca, dans l’île de Léon, derrière la San-Fernando où fut proclamée la Constitution de 1812, celle qui donna son nom à la place principale de toutes les villes espagnoles. Ainsi, en 1848, nous baptisâmes les nôtres place du Peuple ou de la Liberté.

Car de ce côté-ci ou de l’autre côté de la montagne, qu’il habite la rive droite ou la rive gauche du fleuve, les bords atlantiques ou méditerranéens, le peuple se paye aisément de mots, et pourvu que ses tribuns l’appellent citoillien en lui faisant croire qu’il est souverain maître, il se déclare satisfait.

A voir ce mot Constitucion sur toutes les places publiques, je me suis dit qu’il correspondait à notre trinité platonique : Liberté, Égalité, Fraternité, farce déjà centenaire. Constitution ou immortels principes n’ont pas empêché les exploiteurs d’exploiter, les tripoteurs de tripoter, les traitants de voler, les voleurs de triompher, les braves gens d’être dupes, et les pauvres diables n’en ont pas croqué un pois chiche de plus. Il en est des constitutions comme des agents de la paix chantés par Jules Jouy :

Car des sergots ou pas de sergots,

Pour nous, c’est kifkif bourrico,

puisque des plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est Bibi. »