Je rencontre aussi à l’église des voisins de table d’hôte, un monsieur d’environ cinquante ans qui, accompagné de sa nièce, vient tout exprès de Madrid faire ses dévotions au saint.

La señorita est d’un âge et d’une physionomie fort tendres et tous deux excitent l’admiration par leur ardente piété. Trois fois le même jour, ils assistèrent au saint sacrifice, et le matin je les ai vus communier dévotement. Maintenant les voici courbés sur les dalles, l’oncle à genoux, tandis que la nièce accroupie à ses côtés semble recevoir le bon Dieu.

« Une bonne histoire ! nous dit le lendemain à notre départ une des petites bonnes, qui, élevée dans le vieux sérail, nous en aurait, si nous étions restés quelques jours de plus, dévoilé tous les détours ; j’ai regardé ce matin par le trou de la serrure du numéro 6, et, bien qu’il y ait deux lits, j’ai vu la señorita sortir de celui du caballero. »

Et de rire comme une folle.

« Vous allez être obligée de raconter cela en confesse au révérend père Frapardo.

— Domingo ! rectifia-t-elle. Oh ! il en a entendu et vu bien d’autres.

— Cela ne l’effarouchera pas ? »

Et elle s’en alla toujours riant et secouant la tête.

Eh bien, à la bonne heure, voilà comment je comprends la religion.

Après vêpres, c’est-à-dire vers quatre heures, lorsque la grande chaleur est tombée, les jeunes gens des environs viennent jouer à la paume sur la vaste esplanade. C’est le jeu national, comme en Angleterre le cricket. Pas de village, pas de hameau qui n’ait un jeu de paume, unique ressource des dimanches et des soirées d’été. La place offre alors un aspect pittoresque et gai, remplie qu’elle est d’ânes, de chevaux, de mules, de voitures de toutes formes qui ont apporté les pèlerins et les curieux d’alentour. A l’un des coins, une fontaine où s’abreuvent les bêtes et, au pied de l’escalier de l’église, une petite boutique, la seule de l’endroit, semblable à nos étalages forains, où s’approvisionnent les simples. Là se débitent, avec des photographies du sanctuaire et des portraits de Loyola, toute la sainte pacotille des objets de piété, médailles, reliques, vierges en plâtre et chapelets. Comme la succursale de l’hôtel, elle appartient aux saints pères qui, tout en propageant la bonne cause, ne négligent-pas les occasions de faire leur petit commerce.