C’est à Estella que je fus, pour la première fois, réveillé en sursaut par une voix lamentable. Elle jetait par intervalles, des profondeurs d’une rue voisine, des modulations prolongées et lugubres qui approchaient grandissant, éclataient sous mes fenêtres, puis s’éloignaient et retournaient se perdre dans la nuit.

Ce sont les serenos, gardes de nuit, qui crient le temps et l’heure en commençant par une invocation à la Vierge : « Ave Maria sanctissima ! Il est minuit. Le temps est serein ! » Ce chant nocturne, car il est rythmé comme tous les cris de rue, restant de vieilles coutumes générales dans presque toute l’Europe, ne manque pas d’originalité. L’usage, il n’y a pas longtemps encore, existait chez nous dans nombre de villes de province. A Douai, il y a dix ou quinze ans, un homme criait les heures au beffroi. Mais c’est surtout au siècle dernier que le veilleur de nuit offrait un aspect fantastique. Vêtu d’une longue robe brune, bigarrée de têtes de mort et de tibias en sautoir, il passait à pas lents, agitant une cloche et criant d’une voix sépulcrale :

Réveillez-vous, gens qui dormez,

Priez pour les trépassés.

Les serenos, à Madrid, ouvrent la porte aux locataires attardés. Chaque quartier, chaque rue, a les siens ; ils ont les clefs de toutes les maisons. On se passe ainsi de concierge, et les bourgeois peuvent dormir sur leurs deux oreilles :

Car sur la grande ville

Veille un brave gardien,

C’est le bon mile, mile,

C’est le bon milicien !

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LOGROÑO