Il soupçonna, sans doute, en nous des millionnaires déguisés en colporteurs et nous le fit sentir sur sa note.
Je lui sus gré, cependant, de ses louables efforts pour nous délivrer d’un visiteur qui voulut à tout prix, pendant que nous étions à table, nous offrir ses civilités et services, en qualité de compatriote.
Quand sur le sol étranger on rencontre un Anglais, un Russe, un Allemand, un Turc, un Yankee, un Chinois, rien que de très naturel ; mais la vue d’un Français étonne toujours un peu et quand ce Français vient à vous, la bouche en cœur, si le premier mouvement est de lui serrer la main, le second est de serrer son porte-monnaie, car neuf fois sur dix c’est à ce dernier qu’il veut rendre hommage.
Je ne cherche ni à expliquer, ni à excuser cette impression, je la constate simplement.
« Señores, nous dit le soir au souper le señor Manuel Fernandez, car tout le monde est seigneur dans ce pays-là, le seigneur français insiste pour vous parler. C’est la quatrième fois qu’il vient. Je l’ai renvoyé ; il ne se lasse pas. C’est un homme persévérant.
— Que nous veut-il ?
— Souhaiter la bienvenue à ses compatriotes.
— Il est bien aimable.
— Tous les Français le sont, señor. »
On ne peut décemment refuser de recevoir un compatriote qui se présente si obstinément pour vous souhaiter la bienvenue.