— Je veux, moi ! riposta la jeune fille en se débattant.
— Tu n’approcheras pas, coquine. »
Elle cherchait vainement à se dégager des solides bras qui la retenaient, essayant de griffer et de mordre, et, dans son impuissance, se mit à pousser des cris aigus.
La religieuse avait prêté main-forte aux gardiennes, et les folles regardaient la scène, les unes avec indifférence, les autres en riant.
« La douche ! et au cabanon ! » cria, d’une galerie supérieure, la mère Gertrudis.
On l’entraîna et elle s’engouffra bientôt dans les ténèbres d’une cellule d’où, même à travers la porte close, perçaient ses cris et ses supplications de petite fille :
« Je serai sage, pardon, ma bonne sœur, je serai sage ! »
Nous étions assez émus de cette exécution subite, par notre présence occasionnée, car nous comprîmes, d’après les explications brèves et indignées de la religieuse, vertueuse sans doute par vice de nature ou manque d’occasion, que la pauvre enfant n’était que malade d’amour et que plus sûrement que toutes les douches, un vigoureux dragon eût suffi pour la calmer.
Nous quittâmes bien vite la cour, et à l’extrémité d’un long corridor la sœur nous arrêta devant une porte fortement verrouillée. Elle frappa quelques petits coups cabalistiques et une gardienne à l’air horriblement féroce ouvrit. Nous nous attendions au spectacle de quelque folle furieuse essayant de se briser le crâne aux murailles ou dansant dans l’état de nature une gigue du sabbat : nous nous trouvâmes, au contraire, en face d’une grosse dame fort tranquille, aux cheveux grisonnants, à la physionomie sympathique, résignée et douce. Assise dans un fauteuil, près d’une fenêtre barricadée d’une double rangée de grilles, elle semblait n’avoir d’autre occupation que de contempler la campagne ou, triste diversion, la vilaine figure de sa gardienne.
« C’est une señora, nous dit la religieuse, qui appartient à une des plus grandes familles de la Manche. Elle a quarante-neuf ans et est depuis trente-deux ans notre pensionnaire. Comme vous le voyez, on la traite avec égards. Sa famille paye pour qu’elle ait un appartement à part et toutes ses commodités. »