— Ah ! bien oui. J’y ai songé plus d’une fois ; ma mère m’en a dissuadé. Si je tirais seulement à poudre au-dessus de leur tête, nous serions mis à sac. Vous n’avez pas idée comme on déteste les Français.
— Cependant votre mère est Espagnole.
— Oui, mais elle a épousé un Français et les gens du pays ne le lui pardonnent pas. Voici mes études terminées ; moi demeurant ici, les choses changeraient peut-être, mais je ne veux pas m’enterrer à El Muradiel, et si je trouvais le moindre prix raisonnable, je vendrais avec joie. »
Il me donna un chiffre ridiculement minime qui satisferait son ambition.
L’offre était bien tentante, devenir châtelain dans la province de Don Quichotte ! Cette perspective me souriait assez !
Mais je regardai autour de moi, je vis la tristesse et la misère ambiante, la désolation des murs, des champs, des rochers et des pierres, les laides petites Manchoises, les regards hostiles des mâles, et je pris congé du pauvre châtelain pour m’enfoncer dans la montagne, lui faisant la promesse de dire, aussitôt de retour en France, à mes connaissances et amis :
« Qui veut acheter un château en Espagne ? »
Ma promesse est remplie.
XXIX
LA CAROLINA
Après le défilé de Despeñaperros, le plus sauvage et le plus pittoresque passage de la Sierra, on entre par Santa-Elena dans l’ancien royaume maure de Jaen. Le pays change subitement d’aspect. C’est la belle Andalousie avec ses lauriers-roses, ses orangers, ses chemins bordés d’aloès et de cactus, ses délicieux jardins, ses coins brûlés, les teintes violettes de ses horizons, son ciel plus bleu et ses femmes plus belles.