La cave avait repris son aspect triste et morne. Les deux lampes nauséabondes fumaient davantage encore, le fourneau était presque éteint et le caouadji, accroupi sur un banc, dormait la tête dans ses jambes, jetant dans le silence un ronflement sourd. Cinq ou six Bédouins, allongés çà et là sur des nattes, dormaient aussi.

—Et les danseuses, m'écriai-je, et Aicha! Parties? parties?

—Ah! ah! elle s'appelle Aicha! le nom de la mienne est Blondinette. Une Française que je connais bien, suave comme un matin de mai, ardente comme un midi de juillet. Ah! ah! ah! la fille sans pareille!

—Une Française! une blonde! mais je n'ai vu que de brunes mauresques.

—Chacun rêve ce qu'il n'a pas, répondit sententieusement le sage thaleb et voilà justement l'effet merveilleux du kif! Le dieu a les mains pleines des joies désirées. Mais il ne faut pas en abuser comme les brutes que tu vois ici.

Ce disant, il se leva, rajustant son turban et réparant le désordre de ses vêtements avec autant de calme et de dignité que s'il venait de les déranger dans les prosternements de la mosquée en récitant les versets du Vrai Livre.

—Comment, il n'y avait pas là de danseuses tout à l'heure, de danseuses nues?

—Oui, dans tes rêves, mon fils. Tu as pris l'ombre pour la réalité. Mais les radieux fantômes qui nous bercent depuis qu'on nous ôte nos langes jusqu'à ce qu'on nous couvre du suaire, ne sont-ils pas ce qu'il y a de meilleur dans la vie.

FIN

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