Et brandissant le flissa d'où coulait la rosée rouge, ivre de fureur, je me dressai sur mes pieds. _____
—Tu as eu tort de lui donner du haschich, murmura une voix de femme, le délire travaille sa cervelle.
—Bah! répondit une autre, je sais comment le lui ôter de la tête.
Et je sentis une odeur de musc me pénétrer, tandis que quelque chose de doux frôlait mes lèvres. Et deux mains me caressaient le front et la même voix harmonieuse m'appelait:
—Allons, Roumi, reviens à toi! là! là! là! reviens à toi…
Et je revins à moi, mes lèvres appuyées entre les seins de Meryem. _____
Elle s'écarta et se mit à me regarder en souriant, tandis que Fathma, sa soeur aînée, soulevait un des coins de la tente me montrant la plaine mondée du soleil du matin.
Le soleil! le beau soleil! ses rayons radieux chassaient les vapeurs du sombre cauchemar; ma poitrine se dilata et, inondé d'une joie immense, je reportai mes yeux ravis sur la jeune fille des Ouled-Nayl.
Mais je la vis se baisser, ramasser mon flissa près du lit de peau de chèvre et l'examiner avec attention; du bout de son petit pouce teint de henné, elle en essaya le tranchant et la pointe. Je suivais ses mouvements et de nouveau je sentis les griffes de mon cauchemar me labourer le coeur. La lame était rouge.
—Du sang! m'écriai-je.