—Tu es donc bien riche, que tu payes deux douros une femme! Alors, tu t'es entendu avec le vieux scélérat pour me dépouiller, fils de chien! Roumi du diable! Donne-moi dix sous de plus, voleur!
Je la repoussais de toutes mes forces, protégeant mon visage contre ses grands ongles noirs, et je m'enfuis honteux et plein de colère, mais désormais fixé sur les amours de mes prédécesseurs avec la jolie fille du Biskri!
V
LES PUCELLES ET L'ÉTALON
I
C'était un noir étalon des Ouled-Nails, la tribu fertile en juments de race et en filles de prix. Du lac de Saïda à Constantine, de Borj-bou-Arreridj à La Calle, chefs de tente et maquignonnes recherchent à l'envie ces enfants du pays des dattiers. Même richesse de poitrail, même élégance de formes, même abondance de crinière, et dans leurs yeux de gazelle, même éclat et même douceur. Aux mèches de leur front s'attache la joie du cavalier, soit que, monté sur la baveuse d'air, il raye la plaine au bruit sonore de l'étrier de fer, soit que couché sur le sein de la buveuse d'amour, il s'endorme au gai cliquetis des bracelets d'argent, agités par la main caressante.
Car il est écrit dans les légendes du Tell:
«Il n'est d'autres paradis sur la terre que le dos d'un noble cheval ou les lèvres d'une femme aimée.»
Et il est chanté par les poètes:
Le galop d'un coursier de guerre
Et le cliquetis des boucles d'oreilles
Vous ôtent les vers d'une tête.