Sa robe «tantôt miroitée comme l'aile du pigeon dans l'ombre ou bleue comme celle du corbeau au soleil» ne fut jamais ternie par les miasmes de l'écurie malsaine ni polluée par les grattages de l'étrille dont abusent, dans ce qu'ils appellent leurs pansages, les cavaliers roumis, ignorants, comme des fantassins kabyles, de l'hygiène du cheval; sain, robuste, sans tare, le fier étalon Merzoug ne connut d'autre toit pour ses nuits que les profondeurs étoilées du ciel.

Le caïd Salah ben Omar, à la tête de l'un de nos goums, l'avait enlevé dans une des razzias du Djebel-Sahari, alors que nos soldats ayant tué en nombre suffisant de bêtes et de gens, brûlèrent les ksours et coupèrent les dattiers pour enseigner la civilisation aux habitants des oasis. Le poulain avait un mois à peine, et pendant les longues marches quand il ne pouvait suivre, le caïd le hissait sur sa mule.

Aussi, il était de la famille. Il avait grandi, joué, gambadé avec les tout petits du douar, qui, huchés sur son garot, à poil et sans bride, le menaient après la fatigue s'abreuver et se baigner dans les cascades de l'Oued Mellegue.

Tous l'aimaient et le choyaient; il était l'orgueil de la tribu; les femmes du caïd lui donnaient l'orge, le sellaient et le bridaient, et le soir, au retour de la course, la plus jeune, de son haïk, lui essuyait la face.

Mais un matin, jour à jamais maudit, alors que l'aube blanchissait la plaine, il s'éleva un grand cri dans le douar:

—Merzoug? où est Merzoug?

Ce cri, les femmes les premières debout, le poussèrent, et des soixante-dix tentes des Beni-Rahan, des voix affolées répondirent:

—Merzoug est volé! Merzoug est volé!

Il avait été volé, en effet, pendant la nuit noire, volé au piquet même de la tente du caïd, où on l'attachait par une double entrave, volé au milieu du douar, des chiens, des gardes, et en dépit des scapulaires de cuir—heurouse aâdjam—talismans sacrés où sont écrits les mots et les formules magiques qui préservent les chevaux des coliques, de la gourme, du farcin, des seimes, de la fourbure et des larrons.

Vainement les gens des Beni-Rahan, intéressés à venger l'affront et à réparer le dommage, battirent la plaine, s'informant adroitement dans les douars des Nememchas, des Chaouias et même des Ouarghas, de l'autre côté de l'Oued; vainement des émissaires parcoururent les marchés de la Meskiana, d'Ain-Beida, d'El-Meridj et de Roum-el-Souk, criant dans les groupes: