—O les chiens, fils de chiens! O les maudits! les chrétiens vils! allez vous faire circoncire avant d'oser regarder des femmes sans voiles, immondes roumis! L'heure de la justice sonnera! les corbeaux mangeront vos yeux et les chacals râcleront vos os!
C'est sur ces entrefaites que le caïd Salah passa près de nous escorté d'un seul cavalier. Éconduit par le bureau arabe de Tebessa, il venait raconter sa mésaventure au commandant du bordj.
—O les enfants du péché, nous dit-il d'un ton de bonne humeur, qu'avez-vous fait pour exciter la colère de ces chassieuses?
Et il mit pied à terre, s'assit au milieu de nous, accepta une cigarette tout en examinant de son oeil de vautour, les unes après les autres, les femmes des Ouchtatas. Il y en avait de fort jolies, jeunes et fraîches comme des matins de mai, vierges à peine nubiles, qu'avaient dorées, au plus douze ou quinze soleils.
Deux surtout nous charmaient, deux soeurs au même gracieux visage, aux suaves et harmonieux contours. Nous les montrâmes au caïd, tandis qu'elles nous regardaient de loin de leurs grands yeux timides et étonnés:
—Sur la tête de mon père, murmura Salah, le paradis a ouvert une de ses portes. Il en est sorti deux houris.
Il les examina longtemps en silence, et en connaisseur, puis, se tournant vers son daïra assis à quelques pas en arrière, tenant les brides des chevaux:
—Regarde, dit-il. Des lacs salés à la mer, as-tu vu plus belles pucelles?
—Mes yeux en sont éblouis, répondit l'autre.
—Regarde encore pour les reconnaître.