—L'image est dans le coeur, elle ne s'effacera pas.
—A cheval!
Nous accompagnâmes le caïd au bordj.
—Si ce sont les Ouchtatas qui ont volé ton étalon, lui dit le commandant, tu peux renoncer à jamais le voir. Quelle action avons-nous sur eux? Il ne nous est pas permis de passer la frontière.
—Que le diable me saisisse par les pieds, au moment de la charge, si je ne rentre dans mon bien. Je ferai tout, oui tout. Ne sais-tu pas que les gens des tribus voisines me bafouent. Ils disent: «Salah-ben-Omar se fait vieux et les hommes de son douar dorment comme des femmes après le plaisir. A deux pas de la natte où il repose, on lui a volé son cheval de guerre!» Ah! c'est le Seigneur des étalons et tu ne trouverais pas son égal dans les six escadrons de spahis. Que de fois, dans les grandes razzias du Souf, il a mangé quatre-vingts lieues en vingt-quatre heures, pendant des semaines et des mois, la selle au dos, ne broutant dans les courtes haltes que les feuilles de palmiers nains! Merzoug! Merzoug! c'est mon frère, c'est mon fils! mon compagnon des jours noirs! Et tu veux que je ne l'entende plus se secouer bruyamment quand j'ai mis pied à terre, faisant trembler l'acier des étriers, et le sabre, et le croissant d'argent de sa têtière rouge que la plus jeune de mes femmes a brodé pour lui! Et pendant que je suis là à te conter mes douleurs, un autre, assis sur son dos, le pollue!
—Que veux-tu que j'y fasse?
—Commandant, laisse-moi agir sans te mêler de rien, et, s'il plaît à Dieu, je prouverai qu'il y a d'aussi habiles voleurs chez les Ouled-Rahan que chez les Ouchtatas!
—Je n'en ai jamais douté, répondit en riant le commandant, mais qu'entends-tu par ces paroles: «Laisse-moi agir.»
—Il m'est venu en route une idée que je crois lumineuse. Autorise-moi à descendre avec quelques cavaliers dans la rivière à un jour de mon choix, et j'y trouverai mon cheval.
—Ton cheval! Le voleur est-il donc assez hardi pour le mener boire à l'Oued Mellegue! Je te donne liberté entière, mais pas de coups de fusil, surtout. Ne va pas me mettre sur les bras une affaire avec les tribus tunisiennes.