—Sur la tête du Prophète, je te jure qu'il n'y aura pas un grain de poudre de brûlé et que pas une lame ne sortira du fourreau. Qu'Allah m'abandonne entre deux cavaleries, s'il t'arrive à mon sujet aucune fâcheuse aventure!

III

Huit jours après, grande rumeur dans le douar du caïd Salah-Ben-Omar.
Quelque chose d'extraordinaire, d'inusité, d'étrange, s'y passait.

Une trentaine d'hommes entouraient le dardiaf (tente des hôtes), parlant haut, gesticulant, se poussant, comme eussent fait des roumis ivres ayant perdu toute dignité et tout respect de soi.

On y voyait de très vieux et de très jeunes; des barbes blanches, des barbes grises, des barbes noires et des mentons à peine ombragés.

Et on entendait dans la dispute:

—A mon tour, maintenant.

—Par la face d'Allah, pourquoi te céderai-je ma place?

—Que le Puissant vide ta selle! je faisais parler la poudre que tu étais encore pendu aux mamelles de ta mère.

—Tu te condamnes. N'as-tu pas honte? Laisse le bien des jeunes. Tes épouses réclament leur droit. Ne les entends-tu pas crier et dire: «Il vole notre maigre part.»